‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 126 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

sans doute des scandales de parole de cette petite faction ; mais il ne s'inquiétait nullement des accusations de trahison et des menaces de mort qui retentissaient la nuit dans ce club. Il savait que le danger pour le gouvernement et pour la France était dans des factions moins décréditées. Il n'était pas même mécontent de ce que la faction impuissante au fond de ce conspirateur à haute voix contrebalançât et intimidât d'autres factions dans d'autres clubs et dans d'autres partis. Il s'était opposé plusieurs fois sans que ses collègues pussent comprendre ses motifs à ce que Caussidière fit arrêter Blanqui. Cependant le nom de ce nouveau tribun grondait sur tout Paris.

L'imagination publique était frappée jusqu'à la terreur de cette renommée , lorsqu'à six heures du matin des derniers jours du mois de mars ou des premiers jours d'avril, un homme d'aspect presque prolétaire, accompagné de deux ou trois autres hommes de visages inconnus et suspects, entra dans la cour du ministère des affaires étrangères, se nomma, et demanda à parler au ministre. Lamartine venait de se lever, le jour était chaud, il travaillait à demi vêtu dans sa chambre, il donna ordre de faire entrer Blanqui et s'avançant vers lui la poitrine découverte il lui tendit la main :

a Eh bien monsieur Blanqui lui dit-il en souriant a vous venez donc me poignarder? L'heure est

« propice et l'occasion est belle; vous le voyez, je « n'ai pas de cuirasse. »

Puis faisant asseoir Blanqui vis à-vis de lui : « Parlons sérieusement, lui dit-il. J'ai désiré vous « voir et vous avez consenti vous-même à vous « entretenir avec moi ; c'est l'indice que nous ne « sommes pas peut-être aussi inconciliables de « pensées sur la République que les apparences « le font penser au vulgaire. Causons donc à fond, a Je vais vous ouvrir toutes mes pensées sans « voile, comme un homme qui n'a rien à cacher « même à ses ennemis. Vous verrez si mon horizon « politique est assez large et assez lumineux pour « que tous les amis de la démocratie y trouvent « la place de leur action légitime et la satisfaction « de leur légitime ambition de progrès. Vous m'in- « terromprez là où des objections se présenteront « à votre esprit et j'éclaircirai ce qui vous paraîtra « obscur. »

Lamartine alors exposa devant Blanqui l'idée de la République telle qu'il la concevait pour un peuple continental, longtemps façonné au joug monarchique, et où les problèmes du socialisme nés de l'industrie du luxe et de la misère, agitaient depuis quinze ans les couches souterraines de la société. Il montra les garanties à donner à la propriété, les assistances à prodiguer par des institutions aux prolétaires. Il alla aussi loin que sa pen-

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