LIVRE DOUZIEME
fiée pas plus loin que le bon sens et l'application. Il conclut à un gouvernement très-fort, expression d'une volonté nationale puisée dans le peuple tout entier, mais irrésistible. Il démontra le danger de la guerre pour l'idée démocratique comme pour la nationalité française; il se déclara l'inflexible ennemi de toute faction qui voudrait monopoliser le pouvoir dans des dictatures, l'ensanglanter dans des Conventions, le déchirer dans des anarchies, il professa le dogme absolu de la souveraineté de la majorité sincère de la nation, contre la tyrannie d'une seule classe , cette classe usurpât-elle même le nom de peuple. 11 professa sa haine contre les ambitieux corrupteurs de ce peuple et sa pitié pour les sophistes qui en l'enivrant de chimères radicales lui préparaient le réveil du désespoir.
Blanqui ne l'avait pas interrompu une seule fois. Sa physionomie ascétique et impressionnable écoutait par tous ses sens. Son œil profond et replié en dedans semblait épier jusqu'au fond de l'âme de son interlocuteur pour y découvrir l'intention de séduire ou de tromper, il était trop exercé pour ne pas voir que l'attitude, la parole, le geste de Lamartine éclataient de sincérité. Il ne fit aucune objection fondamentale aux idées qu'il venait d'entendre, il parla avec un ironique dédain des hommes qui se prétendaient alors les prophètes du socialisme et du terrorisme, il admit les théories
comme théories ou comme tendances et reconnut qu'il n'y avait aucune réalisation immédiate possible en dehors des propriétés garanties et des droite acquis.
Quant au gouvernement, il en reconnut également la nécessité et les conditions de force contre l'anarchie, il accorda sans peine à Lamartine qu'il fallait décourager les partis ambitieux et turbulents de la dictature, en adhérant à la convocation de l'Assemblée nationale, il n'hésita pas en effet à parler dans ce sens à son club et à faire revenir sur leurs pas les factions qui commençaient à protester contre les élections.
Lamartine après ce dialogue politique où il avait obtenu tout ce qu'il voulait, c'est-à-dire le concert pour la convocation de l'Assemblée et la promesse de combattre les tentatives dictatoriales, fit dégénérer la conversation en entretien familier. Blanqui sembla s'abandonner avec l'épanchement d'une âme ulcérée et fermée par la persécution qui s'ouvre et qui se détend dans une intimité de hasard, il raconta à Lamartine sa vie, qui n'était qu'une longue conjuration contre les gouvernements ; ses amours pour une femme que sa captivité n'avait pu détacher de lui et que ses disgrâces avaient tuée ; ses longs emprisonnements , ses réflexions solitaires; ses aspirations à un Dieu ; ses instincts antisanguinaires, mais son goût presque insurmontable de