LIVRE DOUZIÈME
il ûe les traiterait plus en hôtes, mais en perturbateurs de la France.
Le lendemain, en effet, ils se présentèrent en nombreuse colonne, mais dans une attitude décente et calme sur la place de Grève. On attendait avec anxiété en France et en Europe la réponse que Lamartine leur ferait, car cette réponse contenait la paix ou la guerre pour le continent tout entier , il leur parla en ces termes reproduits par les sténographes du Moniteur :
« Polonais,
« La République française reçoit comme un heu- « reux augure l'hommage de votre adhésion et de « votre reconnaissance pour son hospitalité. Je n'ai « pas besoin de vous dire ses sentiments pour les (c fils de la Pologne. La voix de la France vous le « disait chaque aimée même quand cette voix était (( comprimée par ta monarchie. La République a la « voix et le geste plus libres et plus sympathiques « encore. Elle vous les redira ces sentiments fraa ternels, elle vous les prouvera sous toutes les « formes compatibles avec la politique de justice, « de modération et de paix qu'elle a proclamée « pour le monde.
« Oui, depuis vos derniers désastres, depuis que « l'épée a effacé de la carte des nations ces der- « nières protestations de votre existence comme « vestige et comme germe d'une nation, la Po- « logne n'a pas été seulement un reproche, elle a « été un remords vivant debout au milieu de l'Euce rope. La France ne vous doit pas seulement des « vœux et des larmes, elle vous doit un appui mo- « rai et éventuel en retour de ce sang polonais que « vous avez versé pendant nos grandes guerres sur « tous les champs de bataille de l'Europe.
« La France vous rendra ce qu'elle vous doit « soyez-en sûrs, et rapportez-vous-en au cœur de « trente-six millions de Français. Seulement laissez (c à la France ce qui lui appartient exclusivement. « l'heure, le moment, la forme dont la providence « déterminera le choix et la convenance pour vous « rendre sans agression et sans effusion de sang « humain, la place qui vous est due au soleil et « dans le catalogue des peuples.
a Vous connaissez les principes que le gouvernece ment provisoire a adoptés invariablement dans « sa politique étrangère, si vous ne les connaissez » pas les voici :
« La République est républicaine sans doute, elle « le dit à haute voix au monde, mais la République « n'est en guerre ouverte ni sourde avec aucune « des nations, avec aucun des gouvernements exis-