‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 147 sur 244 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

contre le droil des gens. Ils prirent une autre roule, se rendirent au Champ-de-Mars et de là au ministère de l'intérieur. Le ministre les harangua avec éloquence et fermeté. Il s'attacha surtout dans ce discours à réhabiliter l'armée dans le cœur du peuple de Paris et à préparer le retour des troupes dans la capitale.

Ce retour patiemment et prudemment ménagé était la principale pensée de M. Àrago et de la majorité du gouvernement. Mais on ne pouvait le motiver que sur le désir de la garde nationale ellemême. L'armée rentrant prématurément avant que les susceptibilités du peuple fussent éteintes aurait été le signal inévitable d'un choc d'où serait sortie une seconde guerre civile. On commençait à désirer vivement l'armée. Le parti socialiste et démagogue seul semait l'alarme et préparait la sédition à chaque annonce du retour de nos soldats

Plus les élections fixées d'abord au Commencement d'avril approchaient plus les partis qui redoutaientd'étredépossédés delà dictature frémissaientet menaçaient dans Paris. Les clubs quoique influencés par les intelligences que Lamartine avait avec leurs principaux inspirateurs se soulevaient contre leurs chefs eux-mêmes au seul nom de l'Assemblée sou-

veraine venant fermer la bouche de tous ces volcans. Des motions violentes y des séditions anticipées, des protestations de rester en armes pour surveiller la représentation et pour la contraindre, des serments exigés des candidats aux grades d'officier de la garde nationale, de marcher contre la représentation elle-même si elle désavouait ou si elle trahissait la République» attestaient la répugnance de la Révolution à reconnaître une autre souveraineté que celle de Paris. Il paraissait évident que Paris ne céderait pas sans choc le pouvoir absolu et dictatorial dont la Révolution l'avait investi.

Dans le sein même du gouvernement, les avis étaient partagés non sur le droit d'évoquer la souveraineté définitive de la nation, mais sur le terme à fixer pour cette réunion de l'Assemblée à Paris. La majorité voulait rapprocher autant que possible le jour des élections, la minorité semblait hésiter à le fixer. Les pétitions des ouvriers et des délégués du Luxembourg ne cessaient sous divers prétextes de demander l'ajournement des élections. Tantôt ils n'étaient pas suffisamment préparés à cet exercice nouveau pour eux des droits de citoyens; tantôt ils n'avaient pas le temps matériel nécessaire pour débattre leurs candidats; tantôt leur inexpérience du droit électoral exigeait un enseignement dans ses réunions préparatoires; ces prétextes aussi vains

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