LIVRE TREIZIÈME
que diversifiés accusaient les véritables motifs de cette résistance cachée sous des sophismes d'ajournement.
D'un autre côté le ministre de l'intérieur attendait des rapports complets de ses commissaires dans les départements pour délibérer une résolution définitive en conseil de gouvernement. Ces rapports n'arrivaient qu'un à un — quelques-uns de ces commissaires semaient l'alarme dans leurs rapports. Ils appelaient réaction contre la République la moindre liberté d'opinion manifestée daus leurs province^ et les signes d'indépendance ou de mécontentement souvent très-légitime contre l'omnipotence de leur administration. Les hommes qui dans Paris aspiraient à prolonger indéfiniment la dictature s'armaient de ces rapports pour crier à la trahison contre ceux qui voulaient restituer à la nation un pouvoir heureux, et doux jusque-là, mais qui pouvait se changer en tyrannie et en anarchie en se perpétuant: Les soupçons s'éveillaient des deux côtés.
Les partisans d'une élection différée suspectaient leurs adversaires de conspirer avec des restaurations futures et de préparer les voies les plus courtes au rétablissement des choses et des hommes des vieilles monarchies. Les partisans de réleclion immédiate voyaient dans les hommes du parti contraire des ambitieux et des parvenus de la
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liberté frémissants de se déposséder d'un pouvoir inespéré que la fortune avait mis dans leurs mains, et prêts à se déclarer les seuls tuteurs de la République afin de dominer et peut-être de déchirer la patrie en son nom.
Enfin les chefs de sectes socialistes et les tribuns de la classe industrielle tremblaient de voir leurs tribunes renversées et leur empire détruit par l'avènement des provinces à Paris. Cette répulsion commune contre l'installation du pouvoir national semblait rapprocher les socialistes et les conventionnels, deux partis qui devaient s'unir plus tard, mais qui se haïssaient jusqu'à ce moment.
Les délibérations du gouvernement lui-même se ressentaient de l'influence de ces partis extérieurs dont les deux esprits s'efforçaient d'y pénétrer. Ces délibérations devenaient rares, ombrageuses et courtes, souvent irritées. La majorité était décidée à faire dé cette question le texte de l'union ou du déchirement du gouvernement. Un jour final fut fixé pour prendre une résolution suprême à cet égard. La séance fut longue mais sans convulsion. M. Ledru Rollin lut l'extrait des rapports de ses commissaires, il démontra avec évidence par les dates et par la nature des opérations préparatoires à accomplir que le temps matériel pour l'accomplissement de ces opérations exigeait sept ou huit jours au delà du terme fixé par le .premier décret. On reconnut à l'unani-