LIVRE NEUVIÈME
tous les ministres plénipotentiaires, leur présence dans les différentes cours avait an double inconvénient. La République n'était pas reconnue, il y avait danger à ce que leur résidence auprès des gouvernements indécis ou hostiles fût l'occasion de froissements nuisibles à l'établissement des nouveaux rapports. De plus, ces ambassadeurs étaient en général des hommes politiques , d'anciens ministres personnellement attachés par leur sentiment et par leurs regrets à la royauté déchue. Leur confier les négociations de la République au moment même où elle luttait contre la royauté, c'était l'exposer à être desservie. Le ministre envoya à la place de ces agents officiels des agents secrets ou confidentiels choisis parmi les hommes d'opinions républicaines ou sans liens avec la dynastie fugitive. Il leur donna verbalement à chacun les instructions propres au pays où il les envoyait, ces instructions se résumaient en ces mots : observez, informez et donnez dans vos conversations avec les souverains, les ministres et les peuples son véritable sens à la nouvelle République, pacifique si on la comprend , terrible si on la provoque.
Il confia de plus à chacun de ces agents à l'extérieur le plan de diplomatie qu'il se proposait de suivre, afin que chacun de ces envoyés, dans le vague obligé de ces instructions et dans les éventualités incertaines et soudaines de sa mission , fût
at) RÉVOLUTION DE 4848.
d'avance initié à la pensée extérieure de la République et fit concorder chacune de ses paroles et chacun de ses actes au plan général*
Attendre avec dignité l'Angleterre, rechercher la Prusse, observer la Russie, calmer la Pologne, caresser l'Allemagne, éviter l'Autriche, sourire à l'Italie sans l'exciter, rassurer la Turquie, abandonner l'Espagne à elle-même, ne tromper personne ni par de vaines craintes ni par de vaines espérances, ne pas lancer un mot qu'on eût à retirer un jour, faire de la probité républicaine, l'âme d'une diplomatie sans ambition comme sans faiblesse. Telles étaient ces instructions confidentielles , quels que fussent les événements à survenir Lamartine voulait que la République eût raison partout.
H tint le même langage aux ambassadeurs, ministres, et chargés d'affaires qui représentaient à Paris les différentes cours, la rapidité de la révolution, l'enthousiasme avec lequel elle était unanimement acceptée dans toute la France sans qu'un geste protestât contre une telle démocratie; la magnanimité du peuple; intrépide dans l'action, modéré, clément, cordial après sa victoire; le spectacle de cette capitale où sept hommes gouvernaient trente-six millions de citoyens avec le seul frein de la parole ; l'abolition de la peine de mort ; la répudiation de l'esprit de guerre; l'ordre volon-