LIVRE TREIZIÈME
secrets de gouvernement au dedans et au dehors de nature à servir de prétexte aux vengeances des factions si la journée, comme cela était trop à craindre, donnait la victoire aux hommes de proscription ou de sang. Il se jeta ensuite sur son lit pour prendre un moment de repos.
A peine était- il endormi, que des hommes dévoués qu'il avait dans les clubs s'échappèrent de ces réunions nocturnes, forcèrent sa porte, et le réveillèrent pour lui apporter les derniers renseignements.
Les clubs directeurs s'étaient constitués à onze heures du soir en permanence, ils s'étaient armés, ils avaient des munitions de guerre, ils avaient résolu de rassembler le peuple le lendemain matin au Champ-de-Mars au nombre de cent mille hommes, de s'y transporter à midi, d'en prendre la direction, de marcher par les quais en soulevant sur leur passage la population flottante de Paris sur l'Hôtel de Ville, de s'en emparer à main armée, d'expulser le gouvernement provisoire, de le décimer des membres de la majorité qui leur répugnaient le plus, tels que Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, Marrast, Dupont de l'Eure. Ils avaient déjà nommé à la place de ces hommes un comité de salut public composé de Ledru Rollin, Louis Blanc, Albert, Arago, qu'ils supposaient à tort incliner vers le parti extrême. Ils y avaient adjoint les noms des principaux chefs de
faction ou de sectes terroristes ou socialistes qui représentaient les violences de gouvernement ou les bouleversements de la société. Après s'être défaits ainsi de la majorité du gouvernement qui les contenait, ils devaient (chose étrange!) marcher sur le club de Blanqui et se débarrasser également de ce tribun rival qui les intimidait.
Cette dernière circonstance n'étonna point Lamartine, il savait que Blanqui était la terreur des terrpristes moins populaires et moins audacieux que lui. il était logique à eux de profiter d'une seule insurrection pour s'affranchir à la fois de leurs adversaires dans le parti modéré du gouvernement, et de leur ennemi dans le parti désespéré de la démagogie.
Blanqui, selon toute apparence, savait ce qui l'attendait, mais il n'en feignit pas moins de s'associer au mouvement qui se préparait pour le lendemain contre Lamartine et ses amis. Il est présumable que Blanqui ne voulut pas avoir l'apparence de rester lui et son parti en arrière de ceux qui voulaient le devancer dans la révolution, il pensa peutêtre que le mouvement une fois lancé il reprendrait le pas sur ses rivaux, et que son nom les écraserait sous une popularité ramassée plus bas dans le peuple, il rassembla donc aussi son club et se mit en permanence armée comme les autres conspirateurs.