LIVRE TREIZIÈME
rente groupes des factions, dans les ateliers nationaux et dans les grands faubourgs de Paris, pour décourager le peuple de l'attentat auquel les menées souterraines des clubs et Conciliabules socialistes et terroristes s'efforçaient de l'entraîner. Garnier -Pages, Duclerc, Pagnerre, au ministère des finances ; Marie aux ateliers nationaux ; Marrast à l'Hôtel de Ville tinrent sur pied les moyens d'observation, d'influence, et de force volontaire dont ils pouvaient disposer. Lamartine passa une partie de la nuit à répandre des émissaires dans le faubourg Saint-Antoine, dans le quartier du Panthéon, et dans les banlieues, pour donner l'éveil et le mot d'ordre aux bons citoyens, aux chefs d'atelier^, aux entrepreneurs, aux logeurs, aux chefs honnêtes et influents de ces différents quartiers. Il fit appeler aussi les officiers de garde nationale nommés et non encore reconnus par leur compagnie dont il était sûr; les jeunes gens des écoles dévoués à Tordre et influents sur leurs camarades; quelques élèves de l'école polytechnique remarquables par leur intelligence, leur activité et leur bravoure , qui lui servaient d'aides de camp dans les circonstances critiques tels que MM. Jumel, Baude, Maréchal, etc., il les informa des projets du lendemain et les employa toute la nuit dans Paris, à prévenir, rallier et armer les citoyens et les tenir prêts à accourir au premier coup de canoo.
ou au premier coup de tocsin à l'Hôtel de Ville.
L'Hôtel de Ville était la position à conquérir ou à défendre dans toutes les révolutions, le berceau ou le tombeau des gouvernements, le signe de la victoire ou de la défaite. Lamartine était résolu de s'y enfermer, et d'y soutenir le siège de la grande insurrection préparé à y périr ou à y triompher selon que le peuple averti se lèverait ou ne se lèverait pas au bruit du combat.
MM. Marrast, Bûchez, Recurt, Barthélemy- Saint-Hilaire, homme aussi réfléchi qu'intrépide, Flottard, le colonel Rey et les principaux chefs d'administration de la ville de Paris étaient avertis, ils se prémunissaient secrètement contre la sédition du lendemain, leurs amis nombreux dans ces quartiers et dans les faubourgs étaient convoqués porte à porte par leurs soins. Chacun d'eux devait amener une escouade de citoyens résolus à la défense commune. La non-existence de la garde nationale et les ombrages qui existaient entre les différents partis n'avaient pas permis des mesures plus générales. On se défiait à tort les uns des autres, on ne s'en rapportait qu'à soi-même et à ses amis.
Ces mesures prises, Lamartine brûla tous les papiers qui contenaient des noms propres ou des