‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 162 sur 244 · LIVRE TREIZIÈME. 3H · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME. 3H

« être attaqués par plus de cent mille' hommes. « Quel parti prendre? Je viens me concerter avec « vous parce que je sais que vous conservez le (c sang-froid dans la rue, et que les extrémités ne « vous troublent pas le cœur.

« Il n'y a pas deux partis, répondit Lamartine en « se levant et en tendant la main à son collègue, il « n'y en a qu'un : il faut combattre ou livrer le pays « à l'anarchie, la République aux aventuriers, le « gouvernement à l'opprobre. Vous êtes ministre « de l'intérieur, vous êtes loyal et résolu, vos « attributions vous donnent le droit de faire battre « la générale dans Paris et d'appeler la garde na- « tionale aux armes. Ne perdons pas une minute. « Allez de ce pas donner ordre de faire lever les « légions. Moi, je vais faire lever les bataillons de « garde mobile qui peuvent être en état de cornet battre. Je m'enfermerai dans l'Hôtel de Ville avec « ces deux ou trois bataillons, j'y soutiendrai l'as- « saut de l'insurrection. De deux choses l'une : ou (( la garde nationale, encore invisible, ne répondra « pas à ce rappel? et alors l'Hôtel de Ville sera em- « porté et je périrai à mon poste; ou bien le rappel « et la fusillade feront voler la garde nationale au « secours du gouvernement attaqué dans ma perte sonne à l'Hôtel de Ville? et alors l'insurrection, « prise entre deux feux , sera étouffée dans son « sang, le gouvernement sera délivré, et une force

« organisée invincible sera enfin retrouvée pour « la République ! Je suis prêt pour les deux éveo- « tualités. »

Ce qui fut dil fut fart. Le ministre de l'intérieur, aussi résolu que Lamartine à tenter la résistance et le combat, alla donner les ordres pour faire battre le rappel.

Lamartine ne revit plus son collègue de la journée. Il confia sa femme à des amis qui devaient la mettre en sûreté dans le cas où il aurait succombé. Il sortit accompagné d'un jeune élève de Saint-Cyr, fils du brave général de Verdières et du colonel d'état major Callier, homme d'une intelligence froide et d'une bravoure impassible, qu'il avait connu en Orient, et qu'il avait attaché au ministère des affaires étrangères.

Il se rendit d'abord chez le général Duvivier, à l'état-major de la garde mobile. Il monta seul, le général était absent. Son chef d'état-major et son secrétaire, informés par Lamartine du mouvement qui se préparait, suppléèrent le général, et choisirent avec lui les quatre bataillons les plus exercés et les plus rapprochés de l'Hôtel de Ville, ils leur envoyèrent l'ordre de se porter à l'instant sur la place de Grève.

Au moment où Lamartine descendait l'escalier pour s'y porter lui-même, il rencontra le général Duvivier qui rentrait, il remonta avec lui.

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