LIVRE TREIZIÈME
Le général Duvivier, était un de ces hommes qu'aucune extrémité ne surprend, qu'aucun danger ne trouble , parce qu'ils croient religieusement à la loi du devoir et que leur Toi se repose sur Dieu pendant que leur courage agit sur la terre; sorte de fatalistes pieux dont le destin est la Providence. Le général, rectifia avec sang-froid quelques-uns des ordres donnés en son absence, il ordonna de seller son cheval, et promit de se trouver à la tête de ses jeunes soldats, qu'il aimait comme ses enfants et qu'il entraînait comme des héros. Mais il n'y avait point de cartouches. Lamartine courut chercher les cartouches à l'étatmajor de la garde nationale dans la cour des Tuileries.
Le général Courtais était absent. Une légère altercation s'éleva au sujet du rappel entre Lamartine et le chef d'état-major, qui refusait de croire au mouvement et qui s'alarmait de l'effet produit dans Paris par le rappel battu et par le conflit qui pourrait en être la conséquence. Lamartine s'irritait du retard. Le général Courtais en rentrant mit fin à cette hésitation, en déclarant que le ministre de Tintérieur lui avait donné l'ordre de battre le rappel et que l'ordre serait exécuté. Lamartine partit suivi des cartouches et se rendit à l'Hôtel de Ville, le ras*
sembleraent grandissait au Champ-de-Mars et commençait à se former en colonnes pour s'ébranler.
Pendant ces délais forcés , le général Changarnier, que Lamartine avait nommé ambassadeur à Berlin, était venu demander le ministre à l'hôtel des affaires étrangères pour l'entretenir de quelques détails relatifs à ses instructions. Madame de Lamartine avait reçu le général, elle l'avait informé de ce qui se passait, elle lui avait dit que la présence et le concours d'un officier brave et renommé serait vraisemblablement d'une grande utilité en ce moment à son mari à l'Hôtel de Ville, et d'un puissant effet sur le moral des jeunes soldats. Le général avide de péril et d'occasion de signaler son ardeur venait d'arriver à l'Hôtel de Ville au moment où Lamartine y entrait lui-même accompagé du colonel Cal lier et de son chef de cabinet Payer, * depuis représentant du peuple, toujours attiré par le danger.
M. Marrast attendait ferme et impassible l'insurrection annoncée. Lamartine l'instruisit des détails qu'on vient de lire, de Tordre d'appeler la garde nationale aux armes, donné par le ministre de l'intérieur, de l'arrivée prochaine des quatre bataillons, le général Changarnier, Marrast et Lamartine se concertèrent pour la meilleure disposition possible de cette faible troupe, il fut convenu qu'au lieu de laisser ces bataillons, qui ne comptaient pas