‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 173 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME. 3i

frapper du poignard et pour faire proclamer le gouvernement révolutionnaire sur son cadavre. « Je « puis succomber en effet encore, moi, se disait-il « dans la foi intime de son cœur ; mais à l'heure « qu'il est la France ne peut plus succomber, les « choix sont dans l'urne. Ils en sortiront demain. « Sa souveraineté existe, ses représentante légaux « sont nommés. Si le gouvernement est emporté « par un complot, ces élus de la France se réuni- <( ront dans chaque département, ils arriveront aux « portes de Paris escortés de deux millions de « citoyens armés ils submergeront les dictateurs « ou, les comités de salut public. Ils reprendront la « France des mains des factieux ! Qu'importe que « je meure, la France est sauvée ! »

La France en effet pouvait désormais respirer. l'Assemblée nationale était dans presque tous ses noms un acte de salut public, le nom de Lamartine était sorti dix fois de l'urne électorale sans qu'il connût même une seule de ses candidatures, s'il eût dit un mot, insinué un désir, fait un geste, il eût été nommé dans quatre-vingts départements, sa popularité était sans bornes à Paris, en France, en Allemagne , en Italie, en Amérique. Pour l'Allemagne son nom était la paix. Pour la France c'était la garantie contre la terreur, pour l'Italie c'était l'espérance. Pour l'Amérique c'était la République. Il avait réellement dans ce moment I;»

souveraineté de la conscience européenne» Il ne pouvait faire on pas dans la rue sans soulever les acclamations. Elles le suivaient jusque dans sa demeure et interrompaient son sommeil. Deux fois reconnu à l'Opéra dans le fond d'une loge, le parterre et les spectateurs se levèrent, suspendirent la représentation, et couvrirent son nom pendant cinq minutes d'applaudissements. La France personnifiait en lui sa joie d'avoir retrouvé son gouvernement.

Le pays avait choisi avec réflexion, avec impartialité et sagesse tous les hommes de bien dont les opinions à la fois libérales, républicaines, probes, modérées, courageuses, pouvaient s'adapter sans impatience comme sans répugnance au nouvel ordre de choses nécessité par la révolution, la France avait eu le génie de la transition, le tact souverain de la circonstance. Elle avait éliminé seulement les noms trop signalés dans la faveur ou dans les fautes du dernier gouvernement. Elle ne les avait point proscrits mais ajournés. Elle avait craint les ressentiments et les récriminations. Cette assemblée de neuf cents membres était l'honnêteté et le patriotisme de la France résumés dans 6a souveraineté. L'histoire doit sur une page lapidaire graver les noms de ces citoyens pour la postérité, à l'ex-

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