LIVRE QUATORZIÈME
citoyens riches et pauvres, soldats ou ouvriers, propriétaires ou prolétaires sortir un à un du seuil de leurs maisons» le recueillement et la sérénité sur leurs visages, porter leurs suffrages écrits au scrutin , s'arrêter quelquefois pour le modifier sous «ne inspiration nouvelle, ou sous un repentir soudain de leur conscience, le déposer dans l'urne, et revenir avec la satisfaction peinte sur les traits comme d'une pieuse cérémonie. Jamais la conscience pu- Jriique et la raison générale ne se révélèrent dans un peuple avec plus de scrupule, de religion, et de dignité. C'est un de ces jours où une nation a les yeux sur le ciel, ou leciel a les yeux sur une nation. Le gouvernement se donna ce jour de repos en trois mois. Il sentit que Dieu et le peuple travaillaient pour lui.
Les églises étaient pleines d'une foule agenouillée qui invoquait l'inspiration divine et l'esprit de paix sur la main des électeurs. On se sentait exaucé avant d'avoir prié. Le calme avec lequel s'accomplissaient les opérations électorales était un pressentiment du choix qui émanait du cœur de ce peuple. L'anarchie ne pouvait pas sortir d'une si unanime inspiration du bien.
À la chute du jour Lamartine errait seul et le cœur chargé de reconnaissance dans un quartier
populeux de Paris. Il vit la foule descendre et monter les marches d'une église, le parvis semblait déborder d'adorateurs, hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes gens, tous les yeux pleins de regards sur l'avenir, l'attitude concentrée, la physionomie au repos, les sons de l'orgue se répandaient jusque dans la rue quand les portes ouvraient passage aux sons de l'instrument et aux échos des psaumes.
Il entra. Il se glissa inconnu dans les ténèbres parmi cette foule qui remplissait l'église. Il s'agenouilla à l'ombre d'une colonne et il rendit grâce à Dieu. Son œuvre était accomplie. De grands dangers personnels pouvaient encore le menacer avant le jour où l'Assemblée nationale entrerait à Paris et prendrait possession de sa souveraineté. Il y avait encore des résistances désespérées, des espérances coupables, des complots d'ajournement, des coups d'État de la démagogie des clubs, des menaces d'épuration et d'assassinat contre lui et contre ses collègues. Bien des hommes éminents, incrédules jusqu'à la dernière heure, lui écrivaient ou lui disaient que jamais la représentation nationale ne siégerait sans reconquérir Paris par des flots de sang. Il recevait chaque jour des départements des avertissements sinistres sur des trames réelles ou imaginaires ourdies contre sa vie. On lui parlait de fanatiques partis de telle ou. telle ville pour le