‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 204 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME. m

traduirait son courage en lâcheté, son abnégation en soif du pouvoir, son esprit de concorde en complicité, sa prudence en aveuglement. Il n'ignorait pas qu'un gouvernement collectif pressé entre les impatiences naturelles de l'Assemblée et les résistances séditieuses du peuple, n'était qu'un expédient temporaire, bientôt usé et répudié par tous les partis. Mais cet expédient était le seul qui pût amortir les chocs entre la représentation et le peuple de Paris et donner du temps à la reconstitution des forces et des moyens de salut. Le prix qu'il donna pour acheter ce temps ce fut lui-même. Il ne s'en repentit jamais, malgré le jugement universellement contraire qu'on porta de sa conduite. En se rendant à l'Assemblée pour accomplir sa résolution, il rencontra un groupe de représentants républicains sur la place de la Concorde, ils le conjurèrent de céder à leurs instances et de se laisser investir du pouvoir unique. « Non, leur dit-il, j ai « bien réfléchi. Il y a un abime que vous ne voyez « pas entre l'Assemblée nationale et le jour où la « République sera armée, il faut un Décius pour le « combler. Je m'engloutis, mais je vous sauve. » Et il entra dans le palais de l'Assemblée nationale.

L'Assemblée, longtemps rebellé, finit par adopter

à sa voix , de lassitude plutôt que de conviction, ce parti, mauvais mais nécessaire! d'unecommission executive composée de cinq membres nommés au scrutin, pour exercer le pouvoir intérimaire jusqu'à la constitution définitive du pouvoir constitutionnel.

Ce scrutin témoigna immédiatement à Lamartine qu'il avait perdu la confiance d'une grande partie de l'Assemblée nationale par le sacrifice même qu'il faisait de sa popularité et de son ambition. Son nom, sorti dix fois dq, l'urne des départements avec plus de deux millions de suffrages, ne sortit que le quatrième de l'urne de l'Assemblée constituante. On le punissait de son dévouement, on se vengeait de ce qu'il ne voulait pas servir l'impatience et l'aveuglement de sa patrie. Il courba la tête et accepta le signe de son impopularité commençante.

L'Assemblée avait nommé MM. Ara go, Garnier- Pagès, Marie, Lamartine, Ledru Roi lin, membres de la commission executive.

Les membres du gouvernement se réunirent chez leur président, M. Arago. ils nommèrent les ministres, les choix furent inspirés par le même esprit de transition , de prudence et de fusion qui avait animé la résolution de Lamartine. M. Oémieux eut la justice. M. Bastide les affaires étrangères. M. Jules Favre, talent supérieur de parole, intelligence pénétrante et multiple, fut adjoint à ce ministre comme sous-secrétaire d'État pour soutenir les discussions

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