‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 205 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

si difficiles et si fréquentes sur les intérêts extérieurs du pays. M. Charras, en attendant l'arrivée du général Cavaignac, administra la guerre. M. l'amiral Casy la marine. M. Recurt l'intérieur, avec M. Carteret; esprit d'élite, pour sous-secrétaire d'État, M. Trélat les travaux publics, ministère dont les ateliers nationaux faisaient en ce moment un ministère politique. M. Flocon l'agriculture et le commerce. M. Bethmont les cultes. M. Carnot l'instruction publique, où il était secondé par un esprit philosophique aventureux mais de haute portée , M. Reynaud. M. Duclerc les finances.

M. Pagnerre, qui s'était signalé depuis le 24 février par d'infatigables services rendus au gouvernement dans le rôle modeste mais principal de secrétaire général du gouvernement, conserva cet emploi avec voix délibérative. M. Marrast garda la mairie de Paris, jusqu'à ce que le gouvernement eût modifié cette institution révolutionnaire. M. Caussidière conserva la préfecture de police. Il y avait à la fois témérité et prudence dans ce dernier choix ; nul ne pouvait plus nuire ou mieux servir l'Assemblée nationale que Caussidière. Lamartine le croyait capable des deux rôles, mais il pensait qu'il préférerait loyalement le second. Il y a une telle différence entre servir des factions et servir la représentation de son pays, qu'une telle grandeur devait , selon Lamartine, tenter un carac-

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tère comme celui de Caussidière. L'exclure c'était le rejeter dans la conspiration, son élément natal. L'admettre c'était le conquérir à Tordre par une honorable ambition satisfaite. Caussidière fut maintenu.

A peine le gouvernement ainsi constitué avait-il eu 4e temps de saisir les rênes de l'administration brisées et confuses, que les prévisions de Lamartine se réalisèrent et prouvèrent trop à l'Assemblée combien sa sécurité était trompeuse et combien le sol révolutionnaire de Paris pouvait aisément engloutir une souveraineté qui lui répugnait.

Le gouvernement provisoire avait décrété une fête militaire et nationale pour le jour où la représentation serait installée dans Paris, il voulait que Paris debout et armé accueillit la France dans ses représentants par un salut solennel : il voulait que la représentation souveraine passât la revue des innombrables baïonnettes civiques qui devaient se courber devant elle et la proléger ensuite contre les factions: il voulait qu'une acclamation mémorable s'élevât d'un million de voix pour reconnaître la souveraineté de la France dans ses représentants, des dispositions mal calculées par les exécuteurs des préparatifs de cette cérémonie au Champ-de-Mars l'avaient fait proroger an 14 mai.

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