‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 207 sur 244 · LIVRE QUATORZIEME. 4f · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIEME. 4f

républicains exaltés ou modérés, voyaient avec la même horreur ce projel d'émeute déguisée. Ce complot n'avait aucune intelligence dans la garde nationale ni dans la garde mobile. C'était une tentative des partis désespérés, une saturnale de la pins basse démagogie. Elle affligeait plus qu'elle n'alarmait le gouvernement.

Informé la veille mais sans précision par le ministre de l'intérieur, M. Recurt, le gouvernement manda le préfet de police. Caussidière fit répondre qu'il était malade et qu'il ne connaissait rien qui fut de nature à donner des craintes sérieuses pour le lendemain. Son absence, son silence, et son inaction, avant et pendant le mouvement du 15 mai, éveillèrent des soupçons de connivence ou de tolérance que rien n'a justifié ni vérifié depuis. Caussidière était en effet retenu par les suites d'un accident de cheval. Il était de plus en lutte d'attribution et de rivalité avec la mairie de Paris et avec le ministre de l'intérieur. Louis Blanc, Albert et tout le parti socialiste exclus du gouvernement par Lamartine et par ses collègues, devaient chercher à aigrir Caussidière contre une assemblée qui se séparait d'eux. Les montagnards au nombre de deux ou trois mille hommes qui occupaient la Préfecture de Police, et qui s'y étaient fortifiée*, tenaient par leurs opinions et par leurs relations aux clubs les plus agitateurs. C'était la démagogie armée , frémissante de se

subordonner à la représentation régulière du pays.

Le milieu dans lequel vivait ainsi Caussidière était un milieu d'opposition aigrie par les socialistes détrônés, de faction occulte affiliée aux démagogues. Caussidière fut- il lui-même instigateur et complice? je ne le crois pas. Fut-il aussi vigilant et aussi actif qu'il l'eût été dans une autre disposition d'esprit? je n'oserai pas l'affirmer non plus. Il ne crut sans doute qu'à une légère émotion qui inquiéterait l'Assemblée, et qui ferait sentir son importance aux nouveaux venus des départements. Il fut étonné le lendemain de la gravité du résultat, il se désintéressa trop, il renferma ses forces à la Préfecfecture de Police pour attendre: non complice, non coupable, mais non suffisamment indigné peut-être d'une humiliation de la représentation nationale

Le gouvernement employa une partie de la nuit à donner les ordres les plus circonstanciés an général Courtais, commandant de la garde nationale, et aux généraux Tampour et Fouetter, le premier commandant la garde mobile , le second commandant des troupes de Paris.

LIVRR QUINZIÈME.

A l'aube du jour, le 15 mai, les généraux et le ministre de l'intérieur furent appelés au Luxembourg, siège du gouvernement, pour rendre compte des dispositions qu'ils avaient prises et pour en concerter de nouvelles, rien ne fut négligé de ce qui pouvait écarter le rassemblement de l'Assemblée, et couvrir même par le feu l'inviolabilité de la représentatipn. Le général Courtais reçut 4e commandement général, il fut convenu que douze mille hommes de la garde nationale seraient appelés autour du palais Bourbon, et que les bataillons de garde mobile stationneraient comme réserve sous les arbres des Champs-Elysées. Des gardes mobiles et de l'artillerie furent en outre postés dans les cours.

La séance de l'Assemblée s'ouvrit à midi. Ledru Rollin et Lamartine y assistaient, ainsi que les ministres. MM. Arago, Marie, Garnier-Pagès et Pagnerre étaient en permanence au Luxembourg pour aviser aux éventualités du jour, dans le cas

Hî RÉVOLUTION DE 4 848.

où leurs collègues viendraient à être cernés dans le palais Bourbon. Une agitation confuse régnait dans la salle, un immense bourdonnement s'élevait du dehors. On lisait la pétition en faveur de la Pologne. Des orateurs la soutenaient. Lamartine monta les degrés de la tribune pour leur répondre. On vint lui annoncer qu'une colonne immense de peuple, précédée des clubs, et ramassant sur son passage l'écume flottante de la population d'une grande capitale, s avançait sur l'Assemblée et menaçait de forcer le pont. Lamartine feignit, pour ne point alarmer l'Assemblée, de ne pas vouloir répondre avant que d'autres orateurs eussent parlé. Il se pencha à l'oreille du président, M. Bûchez, et l'avertit de prendre les mesures que son autorité lui donnait sur les troupes dans le rayon du palais de la représentation.

Le. général Courtais, évidemment surpris de la masse et de la rapidité de la démonstration, manquant de bataillons sous la main, redoutant un choc qu'il croyait pouvoir encore éviter en ouvrant le passage du pont et en laissant défiler la colonne des pétitionnaires devant le péristyle et par le quai , flottait indécis et cherchait des conseils conformes à sa pensée. Pendant cette indécision de la défense, la colonne écartant un demi-bataillon de gardes nationaux sur la place de la Concorde, et faisant refluer le petit nombre de gardes mobiles insuffisant

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