LIVRE QUINZIÈME
pour défendre le pont, déboucha comme un torrent débordé sur le quai , en face du péristyle, et s'engouffra dans la rue de Bourgogne, aux cris de Vive la Pologne.
Les questeurs dénués de force par l'absence des gardes nationaux à l'intérieur, vinrent engager Lamartine et Ledru Rollin à se présenter au peuple et à le haranguer du haut des marches du palais. Le général Courtais y était déjà, cherchant vainement de la voix et du geste à dominer le tumulte.
Des milliers d'hommes en costumes divers, la plupart en haillons, la figure fanatisée, le geste menaçant, la bouche pleine d'écume et de cris, pesaient de tout le poids d'une multitude contre les grilles, et s'efforçaient de les ébranler ou de les escalader pour violer l'enceinte. Ledru Rollin accueilli par quelques applaudissements ne put se faire entendre. A l'aspect de Lamartine, que la foule savait être le ministre des affaires étrangères et énergiquement opposé à la guerre, une clameur immense s'éleva. Quelques voix crièrent : Mort à Lamartine !
La foule protesta avec indignation contre ces cris, elle arracha de la grille les deux forcenés qui los avaient poussés, elle les foula aux pieds et cria : non! vive Lamartine! Au moment où Lamartine se faisait apporter une chaise pour parler au peuple, quinze ou vingt hommes hissés sur les piques de la grille les franchirent et tombèrent à ses pieds
dans l'intervalle qui sépare les grilles des marches du péristyle. La porte de la grille fut ouverte ou forcée, et un premier flot de foule se précipita par cette ouverture. « C'en est fait, dit Lamartine, « non! la raison n'y peut rien; il n'y a plus qu'à « se défendre. Eh bien ! aux armes et défendons- « nous ! »
En disant ces mots, il se replia suivi de quelques députés et de quelques soldats sur la porte de la seconde cour séparée par une autre grille du parvis du péristyle. Cette seconde cour était occupée par un demi-bataillon de gardes mobiles. Les soldats paraissaient résolus à faire leur devoir, quand un ordre qu'on attribue au général Courtais leur fil remettre les baïonnettes dans le fourreau. Lamartine en voyant #e mouvement de désarmement des soldats au milieu du tumulte leva les bras au ciel et s'écria tout est perdu.
Il rentra avec le groupe de questeurs et de députés dans l'enceinte et attendit consterné l'événement. Cependant il se flattait toujours que les gardes nationaux qui étaient dans les autres cours, ralliés par quelque commandement énergique , préviendraient du moins la violation de la salle même des séances, et que l'invasion dont il avait été témoin par le côté du quai, se bornerait à un défilé tumultueux dans les corridors et dans les jardins du Palais. Après avoir averti le président de ce qui se