‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 212 sur 244 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

Le président digne, calme et intrépide pour luimême était placé dans une anxiété et dans une contrainte d'esprit qui explique son inaction apparente. S'il n'appelait pas la force publique» il manquait à sa responsabilité devant l'Assemblée, s'il l'appelait, il compromettait peut-être la vie de neuf cents représentants à la merci d'une horde innombrable. D'ailleurs la force publique existait-elle quelque part? on disait que la colonne de peuple entrée dans l'enceinte n'était que la tête d'une colonne de cent mille hommes s'étendant du pont de la Concorde jusqu'à la Bastille. Le général Ta m pour commandant la garde mobile était retenu dans une tribune publique, spectateur immobile de ces violences, séparé de ses troupes auxquelles il ne pouvait plus donner d'ordre. Le commandant général Courtais errait dans l'enceinte, entouré des flots du peuple qui lui interdisait d'appeler ses bataillons. Le chef de l'administration de.la guerre Charras était immobile et consterné. Le gouvernement était ou emprisonné avec Lamartine et Ledru Rollin; ou éloigné du lieu delà scène au Luxembourg, avec Àrago, Garnier-Pagès, Marie, il ne restait à chacun des bons citoyens que leur action individuelle, chacun l'employait selon son inspiration et ses conjectures sur la nature et la masse du mouvement extérieur dont personne ne connaissait exactement la portée. Le président signait lour à tour des ordres

portant de ne pas Taire battre le rappel et Tordre secret de marcher sur l'Assemblée, il remettait les premiers aux séditieux pour les apaiser, les seconds à des citoyens aflidés pour qu'ils les transmissent aux colonels des légions. Ces colonels recevant ainsi des ordres contraires ne prenaient conseil que du hasard. Lamartine envoya coup sur coup par des amis qu'il avait dans la foule, Tordre de faire battre le rappel et de rassembler les légions. M. de Chamborand, homme d'initiative et d'audace, ami de Lamartine, parvint à travers mille dangers à faire exécuter par une légion, sous sa responsabilité et en se livrant lui-même en otage, Tordre de battre le rappel. Mais ces ordres n'étaient que des avis portés par des représentants ou par des complices apparents de l'invasion qui pouvaient être détournés ou désobéis. L'Assemblée captive était livrée au hasard de l'événement. Un coup de feu, un coup de poignard pouvant changer la saturnale populaire en massacre de la représentation.

Cependant la masse du peuple, plus entraînée que coupable , semblait avoir une honte instinctive de ses excès et rougir de son propre desordre. Lamartine s étant porté sur ta terrass* du petit jardin qui domine le quai et la rue de

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