LIVRE QUINZIÈME
Bourgogne , pour juger du nombre et des dispositions du peuple au dehors, fut accueilli par des applaudissements et des cris de Vive Lamartine ! Rentré dans les salles qui précèdent l'enceinte et submergé dans les groupes qui s'y déroulaient comme des vagues, il ne fut l'objet d'aucun outrage, — Parlez-nous! conseillez-nous! assistez-nous! lui criaient ces hommes incertains de leur propre esprit. Ne craignez rien , nous vous couvrirons de nos bras pour écarter les poignards de votre poitrine !
Il leur répondait avec calme et avec sévérité, il leur montrait du geste les scandales de l'enceinte violée, il leur annonçait l'indignation et la vengeance certaine des départements outragés dans leur représentation, et la guerre civile inévitable s'ils ne se réprimaient pas d'eux-mêmes en se retirant et en signant un acte de repentir et de réparation à l'Assemblée. Ces paroles trouvaient partout des échos. Le peuple ne semblait demander qu'à se retirer et à réparer sa faute, un petit nombre seulement de démagogues et d'agents forcenés des clubs, perpétuaient les tumultes, portaient en triomphe, de salle en salle, Louis Blanc, accompagné de Barbes et d'Albert.
Louis Blanc, quoi qu'on en ait dit depuis, paraissait plus -humilié que satisfait de ces triomphes subis plutôt qu'obtenus sur la décence publique.
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Lamartine, qui fut toujours coudoyé dans ce tourbillon de l'émeute par les ovations de son ancien collègue et de son adversaire , entendit du sein de la foule plusieurs des allocutions de Louis Blanc. Ces paroles respiraient la joie de voir le nombre et l'enthousiasme des socialistes imposer le respect à leurs ennemis et se caractériser en puissance d'opinion irrésistible, mais tout en les félicitant , il les conjurait de se retirer, de se modérer et de rendre la liberté à la représentation générale du peuple. Le général Coudais, passant de groupe en groupe, ne cessait d'adresser les mêmes adjurations.
Mais pendant que Lamartine haranguait de salle en salle la foule de plus en plus flexible à sa voix , les chefs des clubs se disputant la tribune, y montaient, y lisaient des pétitions et des discours; Blanqui, applaudi par ses sectaires, y appelait par une fatale rivalité de popularité Barbes son ennemi et jusque-là plus adversaire que complice des séditieux. Enfin , un conspirateur plus entreprenant nommé Huber, visage avéré dans toutes les agitations extrêmes du peuple depuis février, proclamait la dissolution de la représentation nationale et le gouvernement révolutionnaire.
Applaudie par les hordes qui se pressaient au-