‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 215 sur 244 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

volution jusque-là sans tache. Courtais demanda conseil à Lamartine devant ces huit témoins. Lamartine lui conseilla de s'évader par les jardins et de se mettre à la tête de la première légion qu'il pourrait réunir et de marcher sur le palais pour y rétablir l'Assemblée. Il remercia Lamartine, but un verre de vin debout, et s'élança pour faire son devoir.

Un instant après il rentra, son uniforme de général l'avait fait entourer par le peuple qui inondait les jardins, les cours et fermait toutes les issues. Lamartine lui conseilla de tenter un dernier effort; le général redescendit, fendit les attroupements, et voulut sortir par la rue de Bourgogne. Mais pendant qu'il cherchait un moyen d'aller rejoindre et diriger ses légions, les légions soulevées d'ellesmêmes par la rumeur publique et par les émissaires de Lamartine et de ses collègues du Luxembourg, se rassemblaient, marchaient, et allaient arrêter bientôt leur propre général.

. Un bourdonnement immense de peuple montait d'en bas dans l'asile où Lamartine comptait les minutes avec ses amis, un silence morne et complet régnait sur le reste de Paris, l'oreille collée aux fenêtres , on ne savait ce qui allait sortir de ce silence.

m RÉVOLUTION DE 4848.

Les conspirateurs avaient , disait on, dix mille complices armés et du canon à l'Hôtel de Vijle. Le ministère de l'intérieur était pris, celui de la guerre abandonné. La garde nationale était sans commandant général. On flottait entre les éventualités les plus étranges Tout était possible en un pareil moment.

Soudain un pas de charge lointain, imperceptible, battu de différents côtés sur les deux rives de la Seine vient frapper l'oreille. A ce bruit, un bataillon de garde mobile emprisonné dans les jardins de la présidence qui dominent le quai, court aux armes et se reforme en bataille sous les murs du palais. Lamartine sort avec ses amis de sa retraite, descend l'escalier, traverse le bâtiment en construction, passe par une fenêtre sur une planche jetée en pont du palais dans le jardin, se précipite dans les rangs de la garde mobile qui l'accueille par des cris de Vive Lamartine! vive la représentation nationale! et rentre avec eux et les gardes nationaux par la grande porte du quai dans le palais. Les séditieux qui remplissaient l'enceinte des salles, les cours et les jardins, se dispersent par toutes les issues devant les baïonnettes. Les représentants ramenés par les détachements des légions reprennent leurs places. Lamartine, à demi étouffé par l'encombrement des salles et des corridors, est porté jusque sur les premières marches de la tribune. Il y monte aux

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