LIVRE QUINZIÈME
garde nationale élèvent leurs baïonnettes vers la tribune comme pour en faire un rempart à la représentation. Lamartine descend s'avance vers Ledru-Rollin qui venait de rentrer aussi dans la salle et lui dit : « Marchons à l'Hôtel de Ville, on a porté « votre nom sur la liste du gouvernement des fac- « lions, donnez le démenti aux factieux en mar- « chant avec moi contre eux ! »
Les deux membres du gouvernement sortent accompagnés d'une foule de gardes mobiles, de représentants et de citoyens parmi lesquels M. Murât fils du héros de Naples, Mornay, et Falloux, hommes qui aspirent l'action ; arrivé sur le quai, Lamartine s'élance sur le cheval d'un dragon, on amène à Ledru Roi lin le cheval d'un officier, un bataillon de gardes nationaux delà 10* légion parmi lesquels on distingue sous le simple habit du soldat, les fils des plus hautes familles de l'aristocratie française, se groupe autour d'eux; un bataillon de garde mobile les suit. Le régiment de dragons du brave colonel Goyon prend la tête de la colonne, on s'avance par le quai aux cris de vive l'Assemblée nationale ! guerre aux factieux !
La colonne était faible de nombre, invincible d'impulsion, on proposait d'attendre la réunion d'autres forces. Lamartine s'y oppose certain qu'en révolution , le temps perdu compte plus que les forces attendues ne profitent. Au milieu du tumulte
de voix, de cris, de conseils, de sabres, de baïonnettes qui se pressaient autour de son cheval, il se souvenait du 9 thermidor où le parti de Robespierre quoique le plus nombreux , fut étouffé dans ce même Hôtel de Ville par son inertie et par la rapide résolution de la Convention et de Barras, il connaissait Barbes pour un homme d'action, il ne doutait pas qu'entouré déjà de sept à huit mille complices, il n'eût dans la soirée une armée et un gouvernement révolutionnaires si on laissait trois heures seulement à la sédition.
Le général Courtais venait d'être insulté, destitué, fait prisonnier par ses soldats trompés et indignés de son inaction qu'ils croyaient un calcul. Le général Tampour avait été séparé de ses bataillons tout le jour et on ignorait s'il était libre. Le gouvernement absent siégeait au Luxembourg assailli par un détachement de l'émeute auquel Arago, Garnier- Pagès, Marie opposaient une résistance ferme et triomphante. Le ministère de la guerre était vide. Aucun ministre aucun général n'était investi du commandement universel et soudain nécessaire pour ce moment extrême. Lamartine prit sur lui la dicta - N. ! ture commandée par cette éclipse totale de pouvoirs militaires réguliers. Il envoya chercher quatre