LIVRE QUINZIÈME
pièces de canon pour forcer au besoin les portes de l'Hôtel de Ville. Ledru-Rollin et' lui s'entendirent d'un mot, à cheval, pour donner le commandement verbal de Paris au général Bedeau, qu'on fit chercher sur le quai du Louvre. En attendant, l'enthousiasme unanime guidait, inspirait, régularisait la colonne d'attaque elle se grossissait en marchant. Toutes les portes versaient un combattant de plus dans ses rangs. Toutëë les fenêtres applaudissaient , invoquaient, bénissaient par la main des femmes, des vieillards, des enfants, les vengeurs de la représentation nationale. Paris consterné, frémissait du triomphe d'une démagogie un moment victorieuse et dont les excès prévus se comparaient dans l'imagination du peuple aux crimes de 1793. Ce retour si soudain de courage et de succès probable aux bons citoyens relevait le cœur et faisait éclater l'âme en invocations et transports.
À la hauteur de la place Saint-Michel, la tôle de colonne s'arrêta refoulée un moment par les masses qui obstruaient l'angle de la place de Grève et du quai. Des dragons vinrent annoncer que l'Hôtel de Ville était formidablement défendu , que les conjurés avaient du canon et qu'on apercevait aux fenêtres des préparatifs de décharges meurtrières
RÉVOLUTION DE 4 g 48.
' sur la colonne quand elle déboucherait du quai sous
le feu de la façade. Lamartine fait dire au général de faire avancer une seconde colonne par les rues qui sont parallèles au quai et qui débouchent du côté opposé au fleuve sur la place, même manœuvre encore que celle du 9 thermidor, quand Bour- • don de l'Oise marcha sur Robespierre par ces rues latérales , pendant que Barras marchait par le quai. Enfin après un moment donné à l'exécution de ce mouvement Lamartine et son collègue débouchèrent à cheval en tête de la colonne d'attaque sur la place de Grève, aux cris de Vive la repré-
/ sentation nationale ! Un mouvement de confusion les
sépara. Les artilleurs et les gardes nationaux qui
1 entouraient Lamartine le conjuraient de descendre
de cheval, de peur que son élévation au-dessus de la foule, ne le fit choisir pour but des décharges qu'on s'attendait à recevoir au pied de l'édifice : « Non, non, s'écria Lamartine, si quelqu'un doit « tomber le premier pour la cause de l'Assemblée na- « tionale c'est moi ! »et il traversa sous un rideau de baïonnettes, de sabres, et de drapeaux la place. Son j cfieval ne marchait plus , il était soulevé et porté jusque dans la cour du palais? Pas un coup de fusil n'avait été tiré.
Les gardes nationaux qui avaient devancé la tête de colonne, et les gardes mobiles se précipitèrent à l'assaut des escaliers. Ils s'emparèrent déjà sans