‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 224 sur 244 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

rue latérale. La foule des gardes nationaux s'y élance sur ses pas. il échappe difficilement à la multitude en se jetant dans une maison d'imprimeur. Quelques officiers barricadent la porte en dedans contre l'élan passionné de la garde nationale et du peuple. Là, il fait appeler successivement quelquesuns des commandants ; il les charge de répandre le bruit d'un accommodement prochain dans les rangs. L'irritation se calme dans les assaillants. Caussidière, de son côté, raisonne et apaise les Montagnards. Le général Bedeau les dissout sans concession et sans résistance. Le sang de Paris est encore une fois épargné. Le 15 mai imprime plus de confiance à l'Assemblée nationale et plus d'énergie au gouvernement. On louvoie encore, mais des mains plus fermes tiennent le timon.

Le général Cavaignac, à son arrivée à Paris, reçoit le ministère de la guerre qui .l'attendait, comme on l'a vu plus haut. 11 s'en saisit avec cette assurance ferme quoique modeste qui indique dans un homme la confiance dans son aptitude. Lamartine, qui pTévoit des journées prochaines et inévitables à l'établissement de la République placée à son berceau entre deux natures d'ennemis, étudie d'un coup d'oeil le général et n'hésite pas à secon-

fier du salut de la République à sou caractère. Il le presse de profiter de la popularité de son nom et de demander au gouvernement les forces disciplinées suffisantes pour couvrir l'Assemblée nationale contre les tentatives prochaines des factions. On évalue de concert ces forces à cinquante-cinq mille baïonnettes dans Paris, savoir : quinze mille hommes de garde mobile» Deux mille six cents hommes de garde républicaine épurée et réorganisée. Deux mille cinquante gardiens de Paris. Vingt mille hommes de troupes de ligne dans les casernes. Enfin quinze mille hommes de troupes de ligne dans la division de Paris, pouvant être rendues en quelques heures sur le champ de bataille.

Ces précautions militaires plus que suffisantes, vivement réclamées par Lamartine, n'éprouvèrent aucune opposition dans le conseil. Tout le monde y voulait avec la même sincérité une République fortement armée contre l'anarchie, danger des Républiques naissantes. On supposait toujours au dehors entre les membres du gouvernement , entre Lamartine et Ledru Rollin surtout des dissentiments et des divisions: ces divisions n'existaient plus depuis le grand acte de concorde qui avait rallié à l'Assemblée nationale les trois principales nuances du gouvernement républicain, moins les socialistes. Tous les membres du gouvernement et tous les ministres avaient non-seulement le même devoir,

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