LIVRE QUINZIÈME
fecture avec six mille hommes de troupes et vingtcinq mille hommes de garde nationale, pour contraindre ces soldats indisciplinés on rebelles à la soumission , et pour opérer leur désarmement*
Le général Bedeau les cerna dès le matin. L'exaspération de la garde nationale contre ces complices présumés ou ces partisans secrets des clubs, était extrême, on demandait à grands cris l'assaut. Les canons menaçaient les portes. Ces trois mille soldats de Gaussidière avaient des munitions considérables. Us étaient déterminés à faire acheter leur reddition au prix de beaucoup de sang versé, et à faire à l'extrémité sauter le quartier.
 deux heures Caussidière appelé une seconde fois au Luxembourg par la commission executive, refusa de donner sa démission volontaire. Il tint un langage ambigu où l'obéissance et la menace sourde se confondaient sous l'équivoque des expressions et des gestes. Lamartine qui la veille encore avait été d'avis de garder Caussidière, comme un homme utile, courageux, et facile à rattacher par ses bons sentiments et par son ambition au parti de l'ordre dans la République n'hésite plus. Il sort avec Caussidière, il monte dans sa voiture, Il prend avec lui le chemin de la préfecture de police, il lui représente en route le péril de sa situation, la grandeur de sa responsabilité, la nécessité absolue de donner sa démission,
l'estime qui s'attachera à son nom, s'il parvient comme il le doit à obtenir la soumission de son armée sans effusion de sang.
Gaussidière savait que de tous les membres du gouvernement, Lamartine, quoique tout à fait étranger à ses antécédents révolutionnaires, avait été le plus confiant dans son caractère, et le plus disposé à le soutenir. Il cède à ses représentations empreintes d'un intérêt non suspect, il autorise Lamartine à reporter sa démission au gouvernement, il s'engage à faire les suprêmes efforts pour dissoudre les Montagnards. Lamartine de son côté idole ce jour-là de la garde nationale de Paris et des départements, s'engage à suspendre l'attaque, et à disposer les citoyens à la temporisation et à l'indulgence pour les assiégés.
Sur le pont Saint- Michel, la voiture qui conduisait les deux négociateurs tombe au milieu des vingt mille gardes nationaux faisant le blocus de la Préfecture. Ils reconnaissent Lamartine, ils l'arrachent de la voiture, ils le couvrent d'acclamations, ils l'étouffent d'enthousiasme, ils l'entourent d'une telle foule et de tels transports, qu'il ne peut traverser de longtemps le pont pour aller les passer en revue et les exhorter à la concorde. Tous les rangs se rompent à son nom et se précipitent vers lui aux cris de Vive Lamartine. Il est obligé pour se soustraire à leur ivresse de se réfugier dans une