LIVRE QUINZIÈME
la République, De nombreux attroupements se formaient tous les soirs sur les boulevards parcourus et harangués, par les partisans de Napoléon. Le gouvernement employait avec énergie la garde mobile, la garde nationale, pour les dissoudre, ils renaissaient tous les jours. M. Clément Thomas con* mandant général de la garde nationale prodiguait sa parole, sa personne et sa vie au milieu de ce peuple ameuté. Le gouvernement s'y portait luimême. Il proclama la loi contre les attroupements, en une seule nuit M. Clément Thomas arrêta cinq cents de ces agitateurs. Les attroupements cessèrent, mais le double levain de sédition qui couvait dans la faction Bonapartiste et dans la faction prolétaire, ne cessa pas d'envenimer l'esprit des ateliers nationaux.
Lamartine sentit le danger, il résolut de le combattre avec énergie, avant qu'il eût pris des proportions irrésistibles. Il était ennemi des proscriptions □tais non des précautions sévères qui en éloignant temporairement un individu, préservent une institution et un pays. Il prit auprès de ses collègues l'initiative duftdécret qui tendait à maintenir pendant la fondation de la République l'ostracisme du prince Louis-Napoléon Bonaparte. C'était de tous les membres de cette dynastie proscrite, celui qui
était le pi os signalé parla faveur populaire. Héritier du trôné impérial en vertu d'un sénatus-consulte, ce prince peu connu et mal représenté alors en France, était le seul qui eût tenté de faire valoir ce titre à la souveraineté de la France par deux tentatives qui avaient à la fois répandu et exilé son nom.
Le gouvernement tout entier partageant la sollicitude de Lamartine pour la République signa le décret. Lamartine porta le décret à l'Assemblée, il se proposait de Te lire à la fin de la séance. Une discussion sur l'intérieur l'amena inopinément à la tribune. Pendant qu'il y répondait à un discours d'opposition, on vint lui annoncer que les attroupements bonapartistes couvraient la place de la Concorde, et qu'un coup de feu tiré sur le commandant général Clément Thomas, venait de percer la main d'un de ses officiers. Lamartine indigné suspendit son discours, tira de sa poitrine le décret de proscription temporaire de Louis-Napoléon, le plaça sur la tribune et reprenant la parole.
« Citoyens dit-il une circonstance fatale vient (( d'interrompre le discours que j'avais l'honneur « d'adresser à cette assemblée, pendant que je parce lais des conditions de reconstitution de l'ordre et ce des garanties que nous étions tous disposés à « donner au raffermissement de l'autorité. Un coup « de feu, plusieurs coups de fusil, dit-on, étaient « tirés, l'un sur le commandant de la garde natio-
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« nale de Paris, l'autre sur un des braves officiers « de l'armée, un troisième enfin, assure-t-ûn, sur la « poitrine d'un officier de la garde nationale. Ces « coups de fusil étaient tirés aux cris de : Vive « l'Empereur!
« Messieurs c'est la première goutte de sang qui « ait lâché la révolution éternellement pure et glo- « rieuse du 24 Février, gloire à la population! gloire « aux différents partis de la République! du moins « ce sang n'a pas été versé par leurs mains, il a « coulé non pas au nom de la liberté, mais au nom « du fanatisme des souvenirs militaires, et d'une « opinion naturellement quoique involontairement « peut-être ennemie invétérée de toute république.
« Citoyens! en déplorant avec vous le malheur « qui vient d'arriver, le gouvernement n'a pas eu « le tort de ne s'être pas armé, autant qu'il était « en lui, contre ces éventualités, ce matin même « une heure avant la séance, nous avons signé « dune main unanime une déclaration que nous « nous proposions de vous lire à la fin de la séance, « et que cette circonstance me force à vous lire à « l'instant même. Lorsque l'audace des factions est « prise en flagrant délit, et prise la main dans le « sang français, la loi doit être appliquée d'accla- « mation. (On applaudit unanimement. )
« La déclaration que je vais avoir l'honneur de « lire à l'Assemblée, continue Lamartine, ne corn-