LIVRE NEUVIÈME
aux éventualités qui pouvaient survenir. Le ministre des affaires- étrangères demanda les armements de sûreté mesurés sur les dangers possibles ou sur les prudences commandées par la situation.
L'Espagne ne s'expliquait point encore. Les informations secrètes révélaient des dispositions peu bienveillantes à Madrid. Des rassemblements de troupes de l'autre côté des Pyrénées à proximité de- la frontière française étaient signalés. Le ma* riage récent du duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne avait dû établir entre la dynastie proscrite de France et le gouvernement espagnol une solidarité et une intimité qui pouvaient se traduire en hostilités. On annonçait que les princes de la maison d'Orléans allaient chercher un asile en Espagne. Leur présence annonçait quelques idées confuses de restauration armée de ce côté. Le ministre réclama la formation immédiate d'une armée d'observation des Pyrénées de quinze à vingt mille hommes. Cette armée fut décrétée.
L'Italie déjà agitée à son extrémité par la révolution de Naples qui avait précédé la révolution de Paris allait probablement ressentir le contre-coup de la République. Le pape avait par ses paroles et par ses actes réveillé l'esprit d'indépendance et de haine contre l'Autriche. Ce pontife bien intentionné mais à la fois téméraire et timide, contenait déjà
avec peine le mouvement qu'il avait imprimé. Il n'avait voulu que ranimer la chaleur dans le corps engourdi de l'Italie centrale. Il y avait jeté l'étincelle. Le souffle que les événements de Paris déchaînaient sur le monde allait donner de l'air au foyer que le pape avait allumé.
La Toscane en ressentirait inévitablement l'influence. Quoique libre et heureuse de fait sous le gouvernement municipal et paternel du descendant de Léopold , elle voudrait changer ce fait en droit et ces habitudes de libertés en institutions.
Venise et Gênes frémissaient au nom de république qui leur rappelait leur antique gloire.
Enfin le Piémont, seule puissance militaire de l'Italie, était préparé depuis longtemps à la guerre. L'ambition de son roi rêvait pour lui deux titres : celui de libérateur et celui de protecteur de l'Italie. Flottant depuis des années entre l'alliance autrichienne qui faisait de lui un satellite de la servitude, et l'alliance française qui pouvait faire de lui un dominateur de la péninsule; tiraillé en sens contraire par l'influence sacerdotale qui avait fait de lui le proscripteur et le geôlier du libéralisme, et entre l'esprit libéral de ses peuples qui voulait faire de lui un novateur et un prince constitutionnel, de quel côté pencherait-il? S'il se déclarait hostile à la République et qu'il voulût faire de son armée de cent mille hommes une avant-garde de l'Autriche