LIVRE NEUVIÈME
contre nous, il fallait l'attendre aux débouchés de la Savoie et du littoral des Alpes. S'il voulait lever de lui-même l'étendard de l'indépendance italienne, il fallait prévoir également le cas de sa défaite et le cas de sa victoire L une et l'autre pouvaient également • nous entraîner involontairement en Italie. Une armée d'observation appelée armée des Alpes prête à toute éventualité, soit à couvrir les Alpes depuis le Var jusqu'à Grenoble, soit à les franchir, était commandée par la prudence autant que par l'énergie de la République. Le ministre demanda la formation immédiate de cette armée de soixante-deux mille hommes. Le gouvernement n'hésite pas.
La présence de cette armée au pied des Alpes et dans la vallée du Rhône avait aussi son motif à l'intérieur. La République pouvait être menacée soit par des tentatives de restauration monarchique au profit de la branche aînée des Bourbons dans le Midi; soit par des détachements de l'armée d'Alger entraînés par leur affection pour les princes et débarquant avec eux sur les côtes méridionales; soit par les agitations anarchiques dont Toulon , Marseille, Avignon et Arles, villes du Midi avaient contristé la première République, soif enfin et surtout par des mouvements socialistes semblables à ceux qui avaient éclaté dans la capitale de l'industrie à Lyon en 1830 et 1832. Une force armée,
mobile disciplinée imposante faisait face ainsi au dehors et au dedans tout à la fois.
Enfin il demanda une armée de cent mille hommes distribuée sur le Rhin, et destinée à observer l'Allemagne et à se relier à l'armée du Nord de trente mille hommes pour couvrir nos frontières ou pour les franchir selon que les mouvements de la Belgique de la Prusse ou de l'Autriche nous indiqueraient des précautions ou des actes.
Le gouvernement provisoire adopta toutes ces mesures. Le 3 mars, il créa un comité de défense composé des généraux les plus éminents sans acception d'opinion. L'armée française était audessus du soupçon. Le sentiment de reconnaissance que quelques-uns de ses chefs pouvaient garder envers les princes s'effaçait devant le sentiment de la patrie. Le gouvernemept ne leur demanda pas s'ils étaient républicains. H savait qu'ils étaient Français.
Le maréchal Bugeaud avait écrit dès les premiers jours à Lamartine en termes dignes de son caractère et de son rang pour adhérer à la République. Lamartine lui avait répondu que la République était la France; qu'elle était Gère et forte de tous ses enfants; qu elle espérait n'avoir pas à tirer