LIVRE QUINZIÈME
val , monté par Pierre Bonaparte > fut tué à côté de lui. le sien blessé, le canon de plus gros calibre envoyé par le général Cavaignac, démolit la dernière fortification des insurgés sur ce point. Quatre cents braves tués ou mutilés jonchaient le faubourg. Lamartine revint au Château d'Eau rejoindre le général Cavaignac.
Accompagné de Duclerc et d'un garde national nommé Lassaut qui s'attacha à lui ce jour-là, il franchit seul la ligne des avant-postes pour aller reconnaître les dispositions du peuple sur le boulevard de la Bastille. Une foule immense de peuple s'ouvrit encore à son nom , et l'accueillit de ses acclamations , de ses enthousiasmes et de ses larmes. 11 s'entretint longtemps avec cette foule en la fendant au petit pas du poitrail de son cheval. Cette confiance au milieu des masses insurgées le préservait seule de leur colère. Ces hommes dont la pâleur, l'accent fébrile , les larmes mêmes attestaient Témotion lui parlaient de leurs griefs contre l'Assemblée, de leur douleur de voir la révolution se tacher de sang, de leurs dispositions à lui obéir, à lui qu'ils connaissaient pour leur conseil pour leur ami et non pour leur flatteur, de leur misère, de leur faim, du dénuement de leurs enfants et de leurs femmes. « Nous ne sommes pas de mauvais cite toyens, Lamartine ! lui disaient-ils, nous ne som- « mes pas des assassins, nous ne sommes pas des
« factieux! nous sommes des malheureux, nous « sommes des ouvriers honnêtes qui demandent « seulement qu'on s'occupe de nous, de notre trace vail , de nos misères ! Gouvernez-nous vous- « même ! sauvez-nous ! commandez-nous ! Nous « vous aimons vous! nous vous connaissons! nous « désarmerons nos frères! »
En parlant ainsi , ces hommes amaigris par quatre mois de chômage et d'agitation touchaient les habits et les mains de Lamartine. Quelquesuns d'entre eux couraient dépouiller des étalages des bouquetières et lançaient des fleurs sur la crinière de son cheval. De temps en temps seulement, un conjuré à figure sinistre passait sur les trottoirs et jetait le cri de guerre étouffé sous les cris plus nombreux de Vive Lamartine !
Tel était l'aspect de ce peuple, que la nuit faute de troupes pour occuper ces quartiers, allait jeter tout entier dans l'insurrection.
Lamartine revint sans avoir été ni attaqué ni insulté, rejoindre le général sur le boulevard. Il lui exposa la situation d'esprit de ce peuple. 11 s'entendit tout en marchant, avec lui, sur les ordres pressants à donner aux troupes hors de Paris pour les appeler en masse et immédiatement par