LIVRE NEUVIÈME
Pépée, mais que si on la tirait contre elle, elle confierait le point le plus important, c'est-à-dire le Rhin , à un général dont le nom , la bravoure •et les talents étaient chers à l'armée et imposants pour l'Europe. Le maréchal comprenait de lui-même que son rôle dans le gouvernement actuel ne pouvait être justifié que par la guerre. L'attachement récent qu'il avait montré à la royauté bannie, les services qu'il lui avait rendus, la franchise militaire de ses regrets, enfin la susceptibilité du peuple, et la réserve obligée do gouvernement lui-môme, commandaient au maréchal fiugeaud un éloignement temporaire jusqu'au jour où la République ratifiée par l'Assemblée nationale ne tenterait plus un général du rôle décrédité de Monck. Mais le général Lamoricière, le général Oudinot, le général Bedeau furent appelés à ce comité du gouvernement. Ces trois généraux n'avaient pas hésité un instant à se rallier à la République après avoir satisfait à leur devoir d'honneur envers la royauté.
Le gouvernement assista plusieurs fois aux délibérations de ce comité de la guerre pour lui imprimer ses pensées, ses inspirations , son énergie. L'opinion de Lamartine était de rappeler instantanément quarante ou cinquante mille hommes de l'armée d'Afrique forte alors de cent mille hommes. Il pensait que cent mille hommes en Afrique pour
l'unanimité du gouvernement. La réorganisation de nos forces était urgente. L'Algérie avait tout absorbé; le gouvernement précédent était construit pour la paix. Nous ne l'en accusions pas. La République à sa naissance devait reconstruire la France militaire dans la double prévision de la paix ou de la guerre. Pour qu'elle fût à la fois debout comme la France de 1 792 et laborieuse comme la France de 4 847, il fallait que sa force active et soldée ne fût que l'avant-garde de sa population armée. Lamartine provoquait déjà dans ce sens la création de trois cents bataillons de gardes mobiles des départements encadrés, disciplinés, armés dans leurs foyers et prêts à servir de réserve sur nos frontières ou de force modératrice de la République au dedans. Il finit par réaliser cette idée plus tard, votée par l'Assemblée nationale et abandonnée momentanément par les gouvernements qui succédèrent au gouvernement provisoire, cette idée eût donné à la République une force d'ordre partout présente au dedans, une force défensive promptement active au dehors. C'était dans la pensée de Lamartine la fédération perpétuelle des départements, de la propriété et de la société contre les factions antisociales et contre les coalitions antifrançaises.