LIVRE NEUVIÈME
Jamais en si peu de temps et si peu de semaines il n'accomplit plus merveilleusement une tâche plus difficile, ses bataillons composés en majorité d'enfants du peuple de Paris, sortaient heure par heure de ses mains encore en haillons, déjà soldats. Le général Duvivier les prenait par le cœur, le gouvernement par la confiance. Ils sauvaient Paris tous les jours de lui- même. fc Paris les admirait et les adorait. C'étaient les pupilles héroïques de la République, ils furent plus tard les héros et les sauveurs de l'ordre social. Leurs généraux Duvivier et Damesme moururent à leur tête. Ils portèrent seuls le poids des trois premiers mois de la sédition réprimée ou contenue partout. Ils firent un rempart de leurs bataillons au gouvernement le 10 avril. Ils entourèrent l'Assemblée à son arrivée. Ils la reconquirent le 1 5 mai avec la garde nationale. Ils prodiguèrent leur sang pour elle le 23 juin. Ils rouvrirent à l'armée les portes de Paris et se glorifièrent de se subordonner à leurs aînés dans la famille des camps. Ils méritaient d'être adoptés par l'Assemblée nationale au lieu de subir le licenciement et l'oubli. Mais si le moment oublie, l'histoire se souvient. La page de la garde mobile sera écrite dans ses services et avec les gouttes de
son sang.
Pendant que le général Subervie , >Ie général
Du vivier, et les généraux des comités de défense secondaient ainsi les efforts du gouvernement pour réorganiser nos forces de terre. M. Arago, dont le nom flattait l'orgueil de la marine, maintenait d'une main ferme la discipline sur nos flottes, fortifiait nos escadres , armait nos ports, donnait la confiance sans réserve du gouvernement à tous les officiers de cette armée d'élite chez qui l'honneur garantissait la fidélité à la République, il faisait dans des vues à la fois patriotiques et pacifiques flotter la flamme de nos vaisseaux sur les côtes de la Méditerranée.
Mais de si grands développements donnés à nos forces nationales pour prévenir toute surprise sur terre et sur mer, tout hasard d'invasion et tout affront à la République exigeaient du Trésor des efforts correspondants.
Le gouvernement avait trouvé les finances dans une situation qui eût été lourde déjà en temps ordinaire et qui aurait exigé avant peu de mois un emprunt de six cents millions. L'emprunt exige le crédit. Les révolutions sont les éclipses du crédit parce qu'elles ébranlent non-seulement les intérêts mais les imaginations, les imaginations ébranlées font resserrer les mains qui tiennent l'or dans une nation industrielle. Les hommes sages du gouver-