‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 29 sur 244 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

newent se préoccupaient avant tout de la question financière. Ils savaient que toute la révolution allait se caractériser en violence ou en modération par les premières mesures financières que le gouvernement prendrait en débutant.

Ils disaient hautement qu'il n'y avait qne deux moyens de faire franchir à la République cet abîme d'une révolution imprévue sans y précipiter la fortune publique : la dictature armée de l'instrument des supplices ou le crédit.

La dictature armée de l'instrument des supplices pouvait faire la banqueroute, les assignats , les maximum, et soutenir ces mesures désespérées contre les fortunes par un appel aux pauvres contre les riches* Les forces d'exécution ne manquaient pas. Le seul fait de la révolution soudaine et complète accomplie sans résistance par le bras des prolétaires ; ctenx cent mille ouvriers dans Paris qu'on pouvait fanatiser quelque temps contre les fortunes comme on les enthousiasmait pour la vertu; deux millions de travailleurs déclassés sur la surface de la République demandant du pain dans nos villes manufacturières où les ateliers allaient se rétrécir et se fermer ; c'étaient là des éléments de terreur pour les classes possédantes et de compression irrésistible pour un gouvernement désespéré. Il n'y a rien qu'un pareil gouvernement ne se sentit la force de faire pendant ces

deux premiers mois de la République. Il avait derrière lui l'impulsion et le poids d'une révolution qui l'aurait poussé vers des abîmes mais qui le poussait sans que rien pût lui résister. S'il ne prit pas la tyrannie c'est qu'il fut assez sage pour la mépriser, assez politique pour la craindre. Il eut tous les jours plus de peine à la refuser qu'à la prendre. Un mot de lui faisait courber en ce moment la France entière. « Nous avons assez de force « pour faire tout le mal qu'un homme peut rêver, « disait Lamartine à Dupont de l'Eure, quant au « bien, c'est différent, il se fait lentement avec règle « et mesure. » Ce n'étaient donc pas les moyens d'exécution sur les fortunes qui inquiétaient le gouvernement provisoire» Ces moyens surabondaient. Mais tous ces moyens, banqueroute , assignats, emprunts forcés, taxe sur les riches, décimation des capitaux, séquestres, confiscations prolétaires imposés comme garnisaires aux propriétaires, exigeaient la violence contre les choses. Les membres sages et modérés du gouvernement savaient que de la violence contre les choses à la violence contre les personnes il n'y avait que l'espace de la veille au lendemain, chacune de ces mesures aurait fait enfouir l'or, tari l'impôt, tué le crédit, anéanti le travail. Pour retrouver l'or, l'impôt, le crédit, le travail il fallait sévir. Les sévices de Ut loi auraient amené les résistances des contribuables. Les résis-

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