‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 50 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Mais outre ce budget de dix-sept cents millions, ces travaux engagés de cinq cents millions , ces deux milliards d'actions industrielles jetés à la Bourse par le gouvernement et ces cinq milliards de capital de la dette, la royauté laissait neuf cent soixante millions de dette à courte échéance, ou immédiatement exigibles dans 325 millions de bons du trésor et de fonds des caisses d'épargne, simple dépôt entre ses mains.

Le trésor devait -donc faire face à l'instant à un milliard de fonds exigibles, plus à soixante~treize millions pour payer le semestre de rente du 22 mars, plus les services ordinaires et les éventualités soudaines d'un pays en révolution et peut-être en guerre avec lui-même, et avec l'Europe.

Pour suffire à tout ce découvert le gouvernement trouvait cent quatre-vingt-douze millions en caisse, un emprunt en cours d'exécution de deux cent cinquante millions mais que les prêteurs se refusaient à remplir, et un impôt direct et indirect qui allait tarir sous la gêne et sous la panique générale des capitalistes et des consommateurs et sous l'évanouissement de l'or et de l'argent.

La banque de France, instrument indépendant de crédit et de ressources momentanées pour le gouvernement, avait elle-même manqué de numéraire peu de mois avant. Elle ne s'était un peu relevée que par le versement de cinquante millions en es-

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pèces venues de la Russie. La lettre de change qui supplée une masse incalculable de numéraire entre les particuliers, se retirait, se suspendait ou s'anéantissait au même moment sous l'appréhension d'une . liquidation générale. En sorte que le numéraire seul et dans les seules mains du gouvernement, allait avoir à alimenter sans auxiliaire toute la vie et toute la circulation du pays. Par une coïncidence plus malheureuse encore cette crise était la même pour toute l'Europe. Personne, ne pouvait prêter secours à personne. Les affaires s'étaient multipliées de Pétersbourg à Londres, à Vienne, à Berlin, à Paris , dans une proportion sans harmonie avec le capital circulant. L'or et l'argent manquaient et le papier ne comptait plus pour rien.

Le problème porté par un pareil concours de détresses devant un gouvernement révolutionnaire qui avait à la fois à nourrir un peuple d'ouvriers, à recruter et à équiper une armée, à faire face au crédit éteint, à la misère, aux pauvres, à l'ordre a l'intérieur, à la guerre à l'étranger, et à remplacer seul le numéraire, le crédit, l'industrie, le travail sans avoir recours aux exactions et aux sévices des révolutions : ce problème était de nature

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