‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 49 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

ginations. les banquiers y virent Une bravade pour déguiser la peur, ils calculèrent que la rente une fois payée, il ne resterait rien au trésor. Les inquiétudes se propagèrent, l'argent se resserra. Les sept cents millions que l'État devait aux caisses d'épargnes, %aux porteurs de bons du trésor, aux services publics, pesèrent sur le ministre des finances. Il signala des éventualités sinistres auxquelles il frémissait d'attacher son nom. Garnier-Pagès avait pris le fardeau du ministère des finances. Il ne se dissimulait rien de l'extrémité des périls. Il céda moins aux instances de ses collègues qu'à la propre impulsion de son courage. C'est un de ces hommes que le péril tente et qui grandissent avec les crises. Il se dévoua lui, son nom et sa vie. il choisit pour second Duclerc, aussi courageux et aussi infatigable que lui.

Les finances furent sondées en peu d'heures par ces deux hommes. Ils reprirent confiance et ils l'inspirèrent au gouvernement. Avant le 8 mars, Garnier-Pagès étalait devant le conseil toutes les plaies et tous les remèdes de la situation.

La France était plus grevée par quinze ans de paix qu'elle ne l'eût été par une longue guerre. Les finances étaieût engagées du point d'enlever toute

liberté d'action au pays si de grandes nécessités extraordinaires étaient venues le saisir inopinément. La royauté avait fait son système financier à son image. Tout était engagé pour une longue paix. Ce système, bon d'intention, avait eu son excès dans les innombrables actions industrielles, monnaie fictive qui chargeait les portefeuilles des particuliers et des banquiers, qui ne représentait encore que des capitaux problématiques , qui ne rendait point de revenu et qui servait au jeu de l'agiotage.. Il y en avait au moins pour une valeur de deux milliards, ces actions allaient s'évanouir ou s'immobiliser dans les caisses des industriels et des soumissionnaires des grands travaux publics* Les sommes nécessaires au service d'une année fixée dans le budget s'élevaient à dix-sept cent douze millions, cinq cent quatorze millions étaient promis et dus aux travaux en cours d'exécution. La dette publique constituée montait à cinq milliards cent soixante-dix-neuf millions. Cette dette s'était accrue de neuf cents millions en sept ans. La royauté avait été prodigue d'avenir. La République allait être chargée du poids, des responsabilités et des impopularités d'une liquidation qui ne lui appartenait en rien. Ni la dette, ni la révolution n'étaient le fait de ceux qui allaient en porter l'odieux. La royauté avait fait la dette et ses ministres avaient laissé faire la révolution.

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