‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 6 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME. H · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. H

matelas dans les chambres sombres et nues du rez-de-chaussée et résolut de camper lui-même plutôt que de s'installer dans un palais qui dévorait ses possesseurs.

En examinant les papiers politiques oubliés par le ministre de la monarchie sur la table du cabinet de travail, il aperçut son propre nom. la curiosité attira ses yeux, c'était une petite note prise par M. Guizot pour son dernier discours à la Chambre des députés ! Elle contenait ces mots : « Plus j'écoute a M. de Lamartine plus je sens que nous ne pource rons jamais nous entendre. » La révolution avait interrompu la discussion et submergé la tribune avant la réplique, étrange jeu du hasard qui avait fait jeter cette note par M. Guizot sur la table, et qui la faisait retrouver par son successeur. Lamartine n'en triompha pas. il ne voyait pas dans ce ministère où il entrait jeté par le flot d'une révolution, une dépouille, il y voyait une vicissitude, un labeur et un dévouement, il passa une partie de la nuit à réfléchir à l'attitude qu'il ferait prendre à la République au dehors.

La république telle que l'entendait Lamartine

n'était point nn bouleversement à tout hasard de la France et du monde, c'était un avènement révolutionnaire, accidentel, soudain, dans la forme, mais régulier dans son développement de la démocratie, un progrès dans les voies de la philosophie et de rhumanité; une seconde et plus heureuse tentative d'un grand peuple pour se tirer de la tutelle des dynasties et pour apprendre à se gouverner luimême.

La guerre bien loin d'être un progrès dans l'humanité est un meurtre en masse, qui la retarde, l'afflige, la décime, la déshonore, les peuples qui jouent avec le sang sont des instruments de ruine et non des instruments de vie dans le monde, ils grandissent, mais ils grandissent contre les desseins de Dieu et finissent par perdre en un jour de justice tout ce qu'ils ont conquis par des années de violence, le meurtre illégitime n'est pas moins crime dans une nation que dans un individu. La conquête et la gloire le décorent mais ne l'innocentent pas. or tout crime national est un fondement faux qui ne porté pas mais qui engloutit la civilisation. Sous ce point de vue philosophique, moral et religieux, et le point de vue le plus haut est toujours le plus juste en politique, Lamartine ne voulait donc pas donner la guerre pour tendance ni même pour diversion à la nouvelle république, une diversion de sang ne convient qu'aux tyrans ou aux machiavels.

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