‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 7 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Sous le point de vue républicain , Lamartine ne répugnait pas moins à la guerre, il prévoyait trop l'instabilité du peuple dont il avait écrit l'histoire, pour ne pas comprendre que la république avant que le temps et les mœurs l'eussent enracinée, périrait.sous la première victoire éclatante qu'elle remporterait. Un général victorieux revenant à Paris, escorté de la popularité de son nom et appuyé de rattachement d'une armée nombreuse devait y trouver ou l'ostracisme ou la dictature. L'ostracisme serait la honte ; la dictature serait la fin de la liberté, enfin au point de vue politique et national , Lamartine considérait la guerre offensive comme funeste à l'institution de la république elle-même et comme fatale à la nation.

La situation de l'Europe était celle-ci : Les traités de 1815, base du droit public européen avaient refoulé 1^ France dans des limites territoriales trop étroites pour son orgueil et peutrêtre pour son activité, ces traités l'avaient séquestrée aussi dans un isolement diplomatique et dans un dénuement d'alliance qui la rendaient perpétuellement ombrageuse et inquiète. La restauration, gouvernement imposé autant qu'accepté aurait pu renouer ces alliances et créer sur le continent et sur les mers un système

français, soit en Ralliant avec l'Allemagne contre la Russie et l'Angleterre, soit en se coalisant avec la Russie contre l'Angleterre et l'Autriche.- Dans le premier cas, la France aurait obtenu des développements en Savoie , en Suisse et dans les provinces % prussiennes rhénanes par des concessions accordées à l'Autriche en Italie et dans le bas Danube , et sur le littoral de l'Adriatique.

Dans le second cas, la France aurait étouffé l'Autriche entre elle et la Russie, elle aurait débordé librement en Italie, repris la Belgique et les frontières du Rhin , influé en Espagne. Constantinople, la mer Noire, les Dardanelles. l'Adriatique concédés à l'ambition russe lui auraient assuré ces accroissements. L'alliance russe c'est le cri de la nature, c'est la révélation des géographies, c'est l'alliance de guerre pour les éventualités de l'avenir de deux grandes races, c'est l'équilibre de paix par deux grands poids aux extrémités du continent contenant le milieu et reléguant l'Angleterre comme une puissance satellite sur l'Océan et en Asie. La restauration par sa nature monarchique et antirévolutionnaire donnait des gages à l'une ou à l'autre de ces alliances, elle était de la famille légitime des rois, elle avait la parenté des trônes, elle ne pouvait pas les menacer sans renverser sa propre nature.

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