‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 60 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

qui passait à tort pour être l'organe du gouvernement, venaient d'attaquer inopinément le ministre de la guerre et de le représenter comme fatigué ou écrasé d'un poids disproportionné à son âge. Ces articles semblaient révéler les premiers fils d'une trame ourdie dans le sein même du gouvernement contre le général Subervie. il n'en était rien, mais l'attitude du ministre paraissait affaiblie par ce seul soupçon, il était justement blessé d'une opposition qui semblait avoir ses complices dans le gouvernement lui-même. Il s'en plaignit une ou deux fois à Lamartine qui chercha à le rassurer et qui était résolu à le soutenir. Une séance incomplète du gouvernement à laquelle ni Lamartine, ni Flocon, ni Ledru Rollin , ni d'autres ministres n'assistaient ce jour-là, fit éclater la pensée du National et des militaires opposés à Subervie. ce général fut destitué et M. Arago reçut le ministère provisoire de la guerre, il était loin de le désirer, il résista même longtemps à la responsabilité de ce double fardeau. Lamartine reçut à six heures du soir en rentrant de l'Hôtel de Ville où il avait passé la journée, la visite du général Subervie. Le général lui apprit ce qui venait de se passer au Luxembourg. « Vous « voyez lui dit-il que mes soupçons étaient fondés « et qu'on n'attendait que votre absence et celle de « quelques-uns de vos collègues pour exécuter la « proscription du National et de ses amis. — Il n'y a

« rien de fait, lui répondit Lamartine, un acte aussi « important que la destitution et la nomination du « ministre de la guerre ne peut s'accomplir à l'kisu « du ministre des affaires étrangères, et en l'ab^ « sence de deux ou trois membres du gouverne- « ment. Je vous ai promis de vous maintenir de « tous mes efforts. Je tiendrai ma parole ou je me w déclarerai en scission avec le gouvernement, de- <( main je demanderai une délibération nouvelle, je « réclamerai contre un résolution qui vous élimine, « et je ferai voter sur la question le gouvernement « tout entier, j'ai la confiance que la République « ne sera pas privée des services infatigables que « vous lui avez rendus depuis la première heure. « — Non répliqua le général il me suffit de savoir « que vous me tiendriez parole et que je suis sa- « crifié sans votre participation à une hostilité ou « à une ambition. Je ne veux pas de la réparation « que vous m'offrez, je serais malheureux que mon « nom servît de texte à une division dans le gou- « vernement. d'ailleurs je vois que j'ai des ennemis « ou dans son sein , ou autour de lui , qui ne me « pardonneraient pas mon triomphe sur eux et qui « en voulant me nuire, nuiraient à la chose pu- « blique. Je suis de la date de ces soldats qui se « comptaient pour rien et qui se sacrifiaient eux- » mêmes à la patrie. Je veux être digne de mon « époque. » il embrassa Lamartine et se retira.

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