LIVRE DIXIÈME
suspendus et trop routiniers. Une des solutions politiques et sociales de la crise , eût été selon quelques membres du gouvernement un large recrutement des hommes oisifs soudainement jetés sur. quelques grands travaux de fécondation du sol français» Lamartine pensait comme eux à cet égard, quelques socialistes alors modérés et politiques , depuis irrités et factieux réclamaient dans ce sens l'initiative du gouvernement, une grande campagne à l'intérieur avec des outils pour armes, comme ces campagnes des Romains ou des Égyptiens pour le creusement des canaux ou pour le dessèchement des Marais Pontins , leur semblait le palliatif indiqué à une République qui voulait rester pacifique et sauver la propriété en protégeant et en relevant le prolétaire, c'était la pensée de l'heure, un grand ministère des travaux publics aurait été l'ère d'une politique appropriée à la situation. Ce fut une des grandes fautes du gouvernement que de trop attendre avant de réaliser ces pensée*, pendant qu'il attendait, les ateliers nationaux grossis par la misère et l'oisiveté devenaient de jour en jour plus lourds, plus stériles et plus menaçants pour l'ordre public. En ce moment ils ne Tétaient point encore, ils n'étaient qu'un expédient d'ordre et une ébauche d'assistance publique commandés le lendemain de la révolution par la nécessité de nourrir le peuple, et de ne pas le nourrir oisif, pour éviter les désordres
de cette oisiveté. M. Marie les organisa avec intelligence , mais sans utilité pour le travail productif, il les embrigada , il leur donna des chefs , il leur mspira un esprit de discipline et d'ordre, il en fit pendant quatre mois au lieu d'une force à la merci des socialistes et des émeutes, une armée prétorienne mais oisive dans les mains du pouvoir, commandés, dirigés, contenus par des chefs qui avaient la pensée secrète de la partie anti-socialiste du gouvernement , ces ateliers contre-balancèrent jusqu'à l'arrivée de l'Assemblée nationale les ouvriers sectaires du Luxembourg et les ouvriers séditieux des clubs, ils scandalisaient par leur masse et par l'inutilité de leurs travaux les yeux de Paris, mais ils protégèrent et sauvèrent plusieurs fois Paris à son insu, bien loin d'être à la solde de Louis Blanc , comme on l'a dit, ils étaient inspirés par l'esprit de ses adversaires*
Ils ne s'élevaient d'abord qu'à vingt mille, mais chaque jour leur apportait un nouveau recrutement de misère ou de chômage. L'œuvre imprévoyante et soudaine des fortifications avait appelé et fixé à Paris une masse de quarante mille ouvriers de plus qui une fois établis dans la capitale ne voulaient plus en sortir, ces ouvriers de terrassement ou de maçonnerie n'avaient aucune des conditions d'une population domiciliée, la République expiait ainsi l'imprudence de la monarchie* les travaux de luxe