LIVRE DIXIÈME. m
qui sont les premiers atteints par les crises cessaient dans toutes les fabriques de Paris, les économies des ouvriers tarissaient, les besoins de leur famille se faisaient sentir cruellement. Les fabricants riches et généreux envers leurs ouvriers, en conservaient une partie à demi-salaire, dans certaines manufactures, la moitié des ouvriers , au lieu de travailler toute la semaine, travaillaient quatre jours pendant que l'autre moitié chômait, puis ils quittaient râtelier pour chômer à leur tour et laissaient la place à leurs camarades, mais de semaine en semaine de grandes usines se fermaient et les deux cent mille ouvriers qui peuplaient les ateliers de Paris, venaient ainsi successivement s'enrôler dans cette armée temporaire des ateliers nationaux.
A ces ouvriers de la main se joignirent bientôt des ouvriers des arts libéraux , qui avaient épuisé aussi leurs dernières ressources, des artistes, des dessinateurs, des correcteurs d'imprimerie, des employés de librairie, des commis de magasin, des écrivains, des hommes de lettres, des acteurs, hommes qui n'avaient jamais manié que le burin , la presse ou la plume, venaient courageusement demander aux ateliers le pic ou la pioche pour remuer la terre au Champ-de-Mars, et dans les différents chantiers qu'on leur assignait.
On rencontrait le matin sur les boulevards, aux Champs-Elysées, dans tous les quartiers des fau-
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bourgs , de petits détachements de vingt à cent hommes de tout âge et de tout costume , se rendant précédés d'un drapeau et conduits par un brigadier au travail, ces hommes étaient tristes de visage, mais sérieux et patients alors, on voyait qu'ils avaient l'honorable sentiment du devoir douloureux qu'ils accomplissaient envers leurs familles et des devoirs que le gouvernement remplissait envers eux en les secourant par le travail, malheureusement ce travail mal organisé n'était qu'un prétexte d'assistance publique, un expédient d'urgence pour prévenir la disette, les troubles, le désespoir, ils rentraient le soir dans le même ordre dans leurs différents quartiers, ils faisaient eux-mêmes la police et exerçaient une discipline volontaire et mutuelle entre eux. la solde leur était payée tous les samedis, ce n'était pas une organisation du gouvernement comme on a voulu le faire croire plus tard, c'était une aumône sacrée et indispensable de l'État honorée par l'apparence du travail, ces ateliers de Paris qu'une même nécessité fit organiser d'instinct dans toutes les villes industrielles, déshabituèrent il est vrai beaucoup d'ouvriers du travail sérieux, mais ils sauvèrent les masses de la faim et du désespoir, la société des troubles et la propriété du ravage. Le gouvernement n'eut qu'un tort dans le principe, ce fut de ne pas appliquer ces ateliers à de grands travaux d'utilité publique, et de ne pas les