‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 69 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

la défense de la société; telles étaient les intentions exprimées dans le conseil par l'unanimité des membres du gouvernement, commentées à tonte heure par Lamartine dans ses harangues aux députations des départements et au peuple à l'Hôtel de Ville ou sur la place publique , et rédigées en premières instructions aux commissaires du gouvernement par le ministre de l'intérieur.

La plupart de ces premiers commissaires étaient des membres de la Chambre des députés connus par* leur opposition modérée à l'ancien gouvernement; des rédacteurs de journaux démocratiques accrédités par l'estime dont ils jouissaient; des clients de la presse républicaine de Paris et surtout du National, le ministre de l'intérieur y adjoignit des clients du journal la Réforme , dentre plus actif et plus révolutionnaire des conspirations antimonarchiques, et enfin un très-petit nombre de clients des écoles socialistes, hommes alors aussi tempérés de conduite qu'ils étaient aventureux d'idées.

Ces choix précipités faits pour ainsi dire au cri de l'urgence et à l'indication de partis divers, n'excitèrent au premier moment aucune réclamation, le ministre indiqua à ses agents l'esprit de son administration dans une première circulaire du

8 mars. Cette circulaire disait : « La France entière « n'a eu qu'une seule voix, parce qu'elle n'avait « qu'une seule âme. Cette union de tous dans une « même pensée est le gage le plus certain de la « durée de la République, elle doit être la source « de la modération après la victoire. Votre premier « soin doit $tre de faire comprendre que la Réputé blique doit être exempte de toute idée de ven- « geance et de réaction, toutefois que cette gé- « nérosité ne dégénère pas en faiblesse, en vous « abstenant de toutes recherches contre les opinions « et les actes antérieurs , prenez comme règle , que « les fonctions politiques à quelque degré de la « hiérarchie que ce soit, ne peuvent être confiées ce qu'à des républicains éprouvés, en un mot tous « hommes de la veille et non pas du lendemain. »

Les premiers mots de cette instruction étaient entièrement dans l'esprit du gouvernement, les derniers étaient une épuration de la France, épurer la France de tout ce qui n'était pas républicain de la veille c'était l'aliéner de la République. La République en aliénant d'elle la majorité de la France devenait un gouvernement de minorité, un gouvernement de minorité a besoin d'intimider la majorité c'est-à-dire la nation pour se fonder et se maintenir. La République du 24 février se dénaturait ainsi , et se pervertissait.

La différence radicale dans la manière de corn*

Page 1