‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 70 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

prendre et de pratiquer la nouvelle République se révélait malheureusement à ces premières paroles entre les membres du gouvernement, il était évident que l'esprit posthume et conventionnel dictatorial des clients de la Réforme, cherchait à entraîner la politique intérieure en arrière dans la voie de réparation et de l'intimidation révolutionnaire, bien que les actes fussent tolérants , les paroles étaient acerbes, cela suffisait pour inquiéter le pays au moment où il fallait le rassurer et le convier tout entier à la République.

Cette provocation intempestive adressée à tous ceux qui n'admettaient la République qu'à la condition d'y transporter la plénitude de leur honneur et de leurs droits, suscita les premiers ressentiments et éleva les premiers ombrages, néanmoins les mesures du ministre de l'intérieur et de la majorité des commissaires qu'il avait nommés ne correspondirent en rien alors à ce langage, les mots parurent une concession à un parti violent pour lui refuser les actes, ils glissèrent sans que le gouvernement jugeât à propos de les relever et de les démentir. Le ministre de l'intérieur absorbé dans l'immensité des détails de son département, ne pouvait pas matériellement répondre de tout ce qui se rédigeait sous sa responsabilité morale, il assistait même rarement aux conseils du gouvernement qui se tenaient encore à l'Hôtel de Ville au milieu de l'af-

floence constante du peuple, il gouvernait à part la partie du service public qui lui avait été dévolue.

Lamartine gouvernait de son côté avec une indépendance absolue la politique extérieure et la partie de l'esprit public qui correspondait à se% vues. Chaque ministre était souverain dans son centre d'action. On ne se soumettait mutuellement que les questions très-graves qui se rattachaient à la politique d'ensemble du gouvernement.

Louis Blanc, Albert liés antécédemment avec le parti de la Réforme se groupaient avec d'autres hommes actifs de ce parti , et cherchaient à faire prévaloir les uns leurs doctrines socialistes, les autres leurs ombrages républicains. Flocon esprit plus politique que spéculatif, s'efforçait de ramener à l'équilibre ces prétentions des socialistes et des républicains excessifs. On lui doit beaucoup de tempéraments habiles que les deux partis du gouvernement eurent la sagesse de garder l'un envers lrautre, pour nç pas rompre avec éclat une unité apparente qui prévenait les déchirements dans le pays.

Caussidière esprit souple et fin, sous une écorce rude et inculte, penchait en apparence vers la politique du ministre de l'intérieur, mais il se servait de ses amis dans l'intérêt de sa propre importance plus encore qu'il ne les servait eux-mêmes, homme d'action , en contact avec le peuple, entouré d'une milice prête à tout, ses amis ne pouvaient rien sans

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