LIVRE DIXIÈME
Une femme exceptionnelle par le style, et an orateur d'élite, madame Sand et M. Jules Favre, prêtaient alors l'assistance de leur talent à la politique du ministère de l'intérieur.
Madame Sand accourue au vent de la révolution avait vu Lamartine à son arrivée à Paris. Le ministre des affaires étrangères s'était efforcé de conquérir à ses vues ce génie viril par 1% forme, féminin par la mobilité des convictions, il avait eu un entretien de plusieurs heures avec cette femme importante dans une crise où la tempête populaire ne pouvait être gouvernée que par les vents qu'on ferait souffler sur ces vagues, il avait convaincu madame Sand que le salut des institutions nouvelles ne pouvait être que dans la répudiation soudaine, énergique, et complète des excès et des crimes qui avaient déshonoré et perdu la première révolution, il l'avait conjurée de prêter la force dont Dieu l'avait douée, à la cause de l'ordre et da la moralisation du peuple, elle le lui avait promis avec cet accent d'enthousiasme passionné qui révèle la sincérité des convictions, elle lui avait demandé quelques jours seulement pour aller dans le Berri mettre ordre à ses affaires, elle devait à son retour rédiger une feuille populaire qui sème-
rait dans l'esprit des masses les principes de paix, de discipline, et de fraternité, auxquels sa plume et son nom auraient donné le prestige et l'éclat de sa popularité.
Elle partit dans cette intention, à son retour les anciennes prédilections de son esprit pour les théories aventurées de socialisme la rattachèrent par Louis Blanc à un centre de politique opposée. Lamartine apprit qu'elle rédigeait au ministère de Tintérieur une feuille officielle intitulée le Bulletin de la République, cette feuille incendiée des inspirations de communisme, rappelait par les termes, les souvenirs néfastes de la première république, elle fanatisait les uns d'impatience , les autres de terreur.
La majorité du conseil informée de l'existence de ce bulletin gémit de cette déviation d'un talent de premier ordre, qui plaçait ainsi sous la responsabilité du gouvernement des paroles et des doctrines en contradiction ouverte avec son esprit, le ministre de l'intérieur n'avait pas le loisir de surveiller lui-même cet écrit émané de ses bureaux, il n'en défendit pas les exagérations malfaisantes, il fut convenu qu'aucun de ces bulletins ne partirait plus pour les départements avant d'avoir passé par l'examen d'un des membres du gouvernement, ils se partagèrent les jours de la semaine pour cette surveillance, les innombrables détails dont ils «