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Pendant que Lamartine était encore en permanence à l'Hôtel de Ville, je ne sais quelle main partiale, pour certains hommes compromis, avait dérobé quelques pièces secrètes déposées dans les portefeuilles du ministère. Parmi ces pièces il y avait une révélation sans signature faite au gouvernement du roi sur les trames des sociétéj^secrètes. Cette révélation était évidemment l'œuvre d'un chef supérieur et intelligent de ces sociétés. On avait livré imprudemment cette pièce à la curiosité d'un collecteur de documents qui l'avait laissée circuler. Une clameur d'indignation sourde avait à l'instant accusé Blanqui.
Blanqui venait d'ouvrir un club. Il y parlait avec talent, mais jusque-là avec mesure. 11 le dirigeait avec l'infatigable génie des conspirations* Il y amassait la renommée et la popularité pour s'y recruter une armée d'opinions extrêmes.
Ces rumeurs montèrent jusqu'à lui. l'enveloppèrent de doute et d'ombrages, détachèrent de son nom le prestige, et de son club la foule qui récontait. Ses anciens complices et surtout Barbes le sommèrent de se disculper, le jugèrent, le con-
damnèrent au tribunal de l'opinion républicaine. Blanqui disparut quelques jours de son club comme un homme contaminé de soupçons, prépara sa dé* fense écrite et la répandit dans Paris.
Cette défense sans le disculper complètement de quelques révélations vagues sur les choses et non sur les personnes, le couvrait néanmoins assez pour lui permettre <fe reprendre son rôle et son influence devant un club composé de ses partisans. Il y revint. On fit un triomphe de son retour. L'ombre dont il avait été un moment terni lui faisait une loi d'exagérer son républicanisme et de faire éclater de plus de feu sa passion de tribun. Son club devint le foyer de toutes les exagérations et de toutes les colères démagogiques. Néanmoins comme ces exagérations et ces colères n'étaient que des jgux de paroles et des réminiscences sans rapport vrai avec Ta nature du peuple, de la révolution, et du temps, on allait à ce club comme on va à un théâtre historique voir représenter sur la scène par des acteurs en costume suranné les drames ou les parodies d'une autre époque. Les hommes de la noblesse et de la bourgeoisie insultés et menacés parles orateurs de ce club .y assistaient j*ir curiosité comme pour entendre de loin sans fr'en effrayer les rugissements de Babaof ou de Marat.
Blanqui lui-même jouissait de la peur que faisait son nom et jouait la fureur plus qu'il ne la ressentait
ou ne voulait la répandre dans la masse. Il flattait même adroitement du geste et du regard ceux qu'il menaçait de la voix. C'était un tribun, mais un tribun qui paraissait avoir plus de politique que de foi. Homme supérieur par le tact, par l'esprit, par la diplomatie populaire à tous les meneurs du moment il les déconcertait en les dépassant il leur jetait sans cesse le défi de le dépasser lui-même.
En sortant de son club il disparaissait dans l'ombre, ne se mêlait en rien au mouvement du gouvernement ou de la multitude , vivait caché dans une jnansarde, ne révélait sa demeure qu'à une petite secte d'amis et de séides tels que Lacambreet Flotte, et ne se montrait que la nuit vêtu misérablement pour intéresser^ le peuple en figurant sur sa personne les souillures et les misères du prolétariat. Sa parole n'était pas éloquente mais elle était pénétrante, habile, réfléchie, on y sentait un plan, une ligne, des moyens, un but. Son club n'était pas un vain écho de passions tumultueuses comme les autres clubs antisociaux. C'était un instrument de révolutions dont il maniait sous sa main le clavier pour soulever et pour diriger les passions des masses. Néanmoins la pression du bon esprit et de la raison générale était si prépondérante alors, que le club de Blanqui ne donnait ni inquiétude ni terreur aux membres réfléchie du gouvernement. Les discours qui s'y tenaient faisaient un
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scandale utile plutôt que nuisible à la cause de la république régulière. Les figurants de cette tribune étaient l'ilote Jyre que Ton montrait aux Spartiates pour les dégoûter de rivresse. "^
Raspail moins politique mais pins sectaire que Blanqui exerçait par son nom , par son journal et par son 'club un ascendant plus modéré mais plus intime sur les faubourgs. Quinze ou vingt mille hommes de ces quartiers véritables monts Aventia de Paris fréquentaient ses séances, aimaient sa personne, se réglaient sur sa voix. Raspail tendait an communisme par ses doctrines et par ses prédications, mais son communisme de sentiment plus que de subversion était empreint d'une philosophie inoffensive et d'une charité pratique qui aspirait à l'égalité par le nivellement volontaire et non par les expropriations violentes. Il fanatisait le peuple d'espérances sans le fanatiser de haine contre les riches et les heureux. Sa philosophie sociale n'avait pas d'imprécation contre la société, encore moins contre le gouvernement, il prêchait la patience • l'ordre et la paix. Il promettait seulement plus que la république ne pouvait tenir. Ses théories vagues et dorées étaient de la nature des nR&ggs qui pré- -^ sentent mille perspectives à F imagination mais que l'on ne peut atteindre que du regard.
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Cabet, autre fondateur de secte, avait ouvert au centre de Paris, dans la rue Saint-Honoré, un club où il gouvernait sept ou huit mille âmes, c'était le poëte du communisme. 11 avait rêvé une Salente chimérique qu'il appelait Ylcarie. Là, toutes les inégalités, toutes les indigences , toutes' les aspérités même du travail devaient disparaître dans une organisation fantastique dont les éléments n'étaient que des hypothèses incohérentes fournies par une imagination peu riche même en idéalités.
Fils d'un artisan de Dijon, élevé pour la magistrature, député de sa ville natale en 1 830, retombé de la politique par son expulsion de la Chambre en 1 834, proscrit en Belgique, rentré à Paris après sa peine, Cabet s'était rejeté dans le sein du prolétariat d'où il sortait, pour y chercher un point d'appui à ses idées et à son action. La partie la plus souffrante et la plus ignorante des ouvriers de Paris s'était attachée à ses doctrines. Les délires sont le produit et la consolation des extrêmes souffrances. Cabet était le philosophe et le grand prêtre de cette religion du bien-être, mais cette religion était sans Dieu. La satisfactioo des purs instincts matériels combinés mécaniquement dans un ordre inverse de tout ordre social connu, était tout ce système, c'était