LIVRE ONZIÈME
Il trouva dans Barbes les instincts d'une àme exaltée, mais honnête, et les dispositions à la modération et à la conciliation entre les classes qu'il pouvait désirer. Ces dispositions durèrent quelque temps. Elles auraient duré toujours si Barbes n'eût été bientôt attiré par un autre foyer d'opinions. Il se retrempa dans ses idées de'nivellement radical des conditions et des fortunes, mirage éternel des zélateurs de l'égalité absolue des biens, depuis les premiers chrétiens et les Gracques jusqu'à Babeuf et à Marat* vertu en principe, fraternité en institutions, démence et crime en réalisation révolutionnaire.
Barbes fut bientôt après nommé colonel de la légion du 12e arrondissement de Paris. Il fonda un club qui prit son nom. Les doctrines du socialisme s'y mêlèrent à l'énergie du républicanisme. Le nom de Barbes sonnait aux oreilles du peuple comme un tocsin contre la monarchie et contre la bourgeoisie. Barbes parlait peu et sans éclat, mais il avait l'accent du soldat et la foi du martyr. (Tétait un Spartacus sorti des cachots. 11 ressemblait à la statue de l'esclave vengeur. Beau, mais flétri par les fers, et dévoré du feu inextinguible des révolutions.
Barbes parla plusieurs fois avec amertume à Lamartine d'un autre homme, son émule en conjuration et en captivité qu'une fatale coïncidence de
hasards venait de délivrer comme lui et de rendre suspect à ses complices. Cet homme était Blanqui.