‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 79 sur 244 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

ne sentent, il était évident que la -Suisse * placée par la géographie entre l'Allemagne et l'Italie, craignait d'être agitée par ce contact et d'être forcée de dépenser son repos , son or et son sang pour la causé d'autres indépendances que la sienne. Lamartine, qui méditait une prochaine triple alliance de la France républicaine , de l'Italie constitutionnelle et de la Suisse fédérale pour soutenir au besoin le poids du Nord , fut amèrement déçu et profondément humilié pour la liberté de l'attitude de la Suisse, elle ne fit néanmoins aucun acte de désaffection à la France , et reconnut officiellement la République.

Les courriers qui arrivaient successivement de toutes les parties de l'Europe annonçaient partout l'acceptation du manifeste comme base d'une politique incontestée et comme type du caractère que la nouvelle République française voulait affecter dans le monde, les ambassadeurs et les ministres de toutes les puissances reçurent ordre de leur gouvernement de continuer à résider à Paris et d'entretenir des rapports officieux et cordiaux avec le ministre des affaires étrangères de la République. Ces rapports que les circonstances multipliaient, donnaient lieu à des communications fréquentes entre

[es ambassadeurs et le ministre des affaires étrangères. Ces entretiens , dans lesquels le ministre manifesta sans voile et sans arrière-pensée les intentions hautement républicaines, mais loyalement inoiïensives du gouvernement, contribuèrent puissamment au maintien de la paix, en l'absence de notes diplomatiques que la cessation de rapports officiels rendait impraticables. Le cabinet des affaires étrangères était un congrès permanent et préparatoire, une négociation directe avec toutes les cours à qui les ambassadeurs transmettaient les paroles et les vues échangées entre eux et le ministre de la république. Ces négociations verbales entre hommes qui s'interrogent et s'ouvrent leur cœur, sur le théâtre même des événements , avancent plus de choses que des notes échangées à distance pendant des années de négociations, le papier n'a pas de cœur, la parole en a. le cœur est pour quelque chose môme dans la négociation des grands intérêts des empires.

Dès que le ministre des affaires étrangères eut la certitude des dispositions favorables de ces gouvernements, il nomma les ambassadeurs et les ministres de la République. AI. d'Harcourt, ancien pair de France, homme d'une dignité personnelle égale à son grand nom, fut nommé ambassadeur à

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