‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 83 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

d'observer l'état vrai de l'opinion et de refroidir au lieu de fomenter le foyer démagogique dans cette capitale. Le principal de ces agents homme d'ardeur mais neuf dans la connaissance de l'Europe, lui parut donner des ombrages à Bruxelles. Le ministre le rappela sans hésiter. Il envoya à sa place un homme d'expérience et de mesure M. Bellocq ancien diplomate exercé au maniement des choses délicates.

L'inconvénient pour la République française d'avoir à Bruxelles un roi uni par les liens du sang à la dynastie^ déchue en France n'était qu'une susceptibilité indigne de la République. Un soulèvement de la Belgique et son adjonction à la France en ce moment était une déclaration prématurée et impolitique de guerre à l'Angleterre, un pareil grief donné à l'Angleterre faisait tomber à l'instant le ministère libéral à Londres et il jetait l'Angleterre dans la coalition. La France n'en eût été ni plus ni moins forte avec la Belgique de plus dans sa cause, le respect de cette nationalité valait à la République l'immobilité de l'Angleterre, le silence de l'Allemagne, le respect du monde.

Le ministre surveillait d'un œil attentif les trames qui s'ourdissaient à Paris pour unir prématurément ces deux causes, ses entretiens avec le prince de Ligne dans lesquels il manifesta ses sentiments de prudence et de loyauté, et la confiance

que cet ambassadeur du roi des Belges lui témoignait contribuèrent puissamment à prévenir des desseins de propagande nuisibles aux deux peuples, à la paix européenne et à la République ellemême.

Il nomma en Hollande M. de Lurde qui connaissait la diplomatie du Nord et les doubles influences qui de Pétersbourg et de Londres se disputaient la cour de la Haye.

A Berne il envoya M. de Thiard homme de nom aristocratique, d'esprit étendu, de coup d'œil exercé dévoué depuis la fin de l'émigration et depuis la chute de l'Empire à l'opposition libérale. Les vétérans de ce parti dans le National considéraient une ambassade offerte à M. de Thiard comme un gage donné à leur opinion. Le ministre des affaires étrangères le croyait très-propre à pratiquer la diplomatie républicaine mais antidémagogique qu'il voulait faire prévaloir, il lui recommanda les plus grands ménagements envers la Suisse dont il voulait conquérir la cordialité ce préliminaire des alliances, il ne réussit pas autant qu'il l'aurait désiré, soit que l'ambassadeur ne fit pas suffisamment sentir cette inclination de la France vers la Suisse, soit que la Suisse craignit de se compromettre avec une République qui n'avait que des jours d'existence. Ce fut un malheur pour les deux peuples et pour l'Italie surtout, un système de ligue paci-

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