‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 89 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

livres que sa mémoire, étendue, surface, et profondeur immense de Notions, dont jamais on ne rencontrait ni le fond ni les limites, mappemonde vivante des connaissances humaines, homme ou tout était tête et dont la tête était à la hauteur de toutes les vérités, impartial du reste , indifférent entre les systèmes comme un être qui ne serait qu'intelligence et qui ne tiendrait à la nature humaine que par le regard et par la curiosité.

M. de Circourt avait épousé une jeune femme russe, de race aristocratique et d'un esprit européen. H tenait par elle à tout ce qu'il y avait dominent dans les lettres et dans les cours de l'Allemagne et du Nord. Lui-même avait résidé à Berlin, il s'y était lié avec les hommes d'État, le roi de Prusse, souverain lettré et libéral , l'avait honoré de quelque intimité à sa cour. M. de Circourt , sans être républicain de cœur, était assez frappé des grands horizons qu'une République française, éclose du génie progressif et pacifique de la France nouvelle pouvait ouvrir à l'esprit humain , pour la saluer et la servir. Il comprenait comme Lamartine, que la liberté avait besoin de la paix , et que la paix était à Berlin et à Loqjlres.

Lamartine' lui donna par écrit ses instructions confidentielles pour l'oreille du roi de Prusse et de ses ministres. Ces instructions n'étaient au fond

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que cette philosophie de la paix commune à toutes les âmes éclairées d'un rayon divin, philosophie devenue politique par l'accord d'idées entre le cœur d'un roi et l'esprit d'un ministre d'une grande démocratie naissante. M. de Circourt était capable de commenter les instructions et de les plier au génie d'une cour et aux éventualités de l'Allemagne; l'alliance tacite au moins entre l'Allemagne et la France, l'inviolabilité du terri* toire, la tendance à une unité morale de l'Allemagne qui décentraliserait les petits États de l'influence exclusive de l'Autriche, l'arbitrage puissant de la Prusse entre l'indépendance germanique et la pression de la Russie, la restitution d'une part morale de nationalité constitutionnelle aux démembrements encore vivants de la Pologne, formaient les textes à peine indiqués de ces instructions.

M. de Circourt partit, il entretint avec le ministre des affaires étrangères une correspondance intime qui formerait un volume sur l'état du Nord, il ne s'égara sur aucune de ses prévisions, il inclina le cœur et l'esprit du roi de Prusse à toutes les idées de conciliation et d'équilibre qui étaient dans l'intérêt vrai de deux États. Quand la révolution de Berlin éclata, la République française n'avait plus besoin d'une révolution à Berlin pour y voir triompher la cause de paix et d'humanité que

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