‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 88 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

n'eurent jamais un accent d'aigreur, on ne se heurte pas de si loin à moins de vouloir se heurter par antipathie et par système. L'empereur était trop juste , la République était trop sage pour ne pas se regarder avec sang-froid.

Mais, le poste auquel le ministre attachait en ce moment le plus d'importance était Berlin , la tige de l'équilibre du continent était encore comme en 1791 dans ce cabinet. La Russie, l'Angleterre, l'Allemagne du nord s'y rencontraient et s'y disputaient la faveur décisive d'une monarchie militaire puissante, et d'un esprit public prépondérant dans le cabinet d'un roi philosophe, aventureux, mobile, travaillé d'initiative, intrépide aux nouveautés, capable de tout comprendre, de tout risquer, de tout oser, le nœud de la paix et de la guerre européenne, de l'émancipation et de la reconstruction de l'Allemagne, de la régénération pacifique et partielle de la Pologne, était à Berlin, le premier mot que dirait le roi de Prusse de la République française, serait forcément le mot du continent tout entier, nul n'oserait dire guerre où il aurait dit paix. On conçoit quel intérêt avait Lamartine qui voulait la paix, à ce que ce mot fût mis sur les lèvres du roi de Prusse par le génie de F humanité et par des prédispositions favorables à la révolution de Paris.

XUL

Il chercha et il trouva du premier geste sous sa main l'homme propre à personnifier d'abord confidentiellement, puis officiellement à Berlin, la tendance philosophique, la science germanique, et les perspectives diplomatiques de la nouvelle révolution française présentées à cette cour par un esprit presque universel.

Cet homme, peu connu jusque-là hors du monde aristocratique, littéraire, et savant, se nommait M. de Circourt. il avait servi sous la restauration dans la diplomatie. la révolution de Juillet l'avait rejeté dans l'isolement et dans Topposition plus près du légitimisme que de la démocratie, il avait profité de ces années pour se livrer à des études qui auraient absorbé plusieurs vies d'hommes et qui n'étaient que des distractions de la sienne, langues, races, géographie, histoire, philosophie, voyages, constitutions, religions des peuples, depuis l'enfance du monde jusqu'à nos jours, depuis le Thibet jusqu'aux Alpes, il avait tout incorporé en lui , tout réfléchi , tout retenu ; on pouvait l'interroger sur l'universalité des faits ou des idées dont se compose le monde, sans qu'il eût besoin pour répondre d'interroger d'autres

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