LIVRE DOUZIÈME
Le ministère de l'intérieur était le domaine presque absolu de M. Ledru Rollin. ce ministère touchait à tout par l'immensité de ses attributions; il avait pris plus d'importance encore par la puissance de nom, de talent, et de popularité démocratique de Thomme à qui ce ministère avait été dévolu. L'esprit public à inspirer, les élections à organiser, étaient une de ces attributions. On ignore par quelle main fut rédigée la première circulaire adressée par le ministère de l'intérieur aux autorités de la République dans les départements, ce qui se faisait dans les ministères était aussi étranger au ministre des affaires étrangères que les actes de son ministère l'étaient à ses collègues. Unis dans les grandes tendances d'ordre et de républicanisme ils pouvaient diverger dans les détails; chacun suivait son esprit et ne répondait qu'à sa conscience et au salut du pays.
Le milieu républicain dans lequel se mouvait le ministère de l'intérieur n'était ni le milieu de Lamartine ni celui de la majorité du gouvernement, on luttait souvent mais on ne se soupçonnait pas. l'énergie franche des dissentiments excluait toute idée de perfidie.
Ces oppositions entre les deux natures de républicanisme qui se rencontraient, qui se heurtaient, et qui le plus souvent se modifiaient et se conciliaient dans le conseil , avaient transpiré hors des
délibérations du gouvernement. La majorité du pays se ralliait aux hommes de modération et de liberté. La minorité plus ardente et plus acerbe se ralliait au ministre de l'intérieur et à ses partisans. Des hommes de ce parti l'assiégeaient , disail-on , de conseils et d'impatiences républicaines. Ils cherchaient à l'entraîner hors des voies de concert et de concorde où il voulait comme tous ses collègues contenir les choses et les esprits. Ces conseillers excessifs tenaient la plume dans, ses bureaux et donnaient dans des paroles équivoques et malsonnantes leur esprit au lieu de l'esprit du gouvernement. On sentait le tiraillement de deux génies contraires au pouvoir; l'un pacifiant, l'autre agitant les passions.
ni.
La première circulaire importante du ministre de l'intérieur sur les élections parut le 12 mars.
Cette circulaire fut un coup de tocsin pour le pays réveillé en sursaut du rêve de concorde et de paix que le gouvernement voulait prolonger. Cette pièce à la suite de beaucoup de conseils utiles contenait des coups violents de paroles, destinés à produire des contre-coups violents aussi dans les opinions menacées.
« Vos pouvoirs sont illimités », disait le ministre à ses agents, c'était rappeler le mandat dictatorial