LIVRE DOUZIÈME
des commissaires de la Convention tout souvenir de* cette nature répandait un frisson sur le pays: « Nous voulons, tous hommes de la veille et point « du lendemain dans V Assemblée nationale » c'était proscrire l'opinion elle-même de sa propre souveraineté. C'était F ostracisme politique de la nation presque entière ; car si le nombre des républicains de raison était immense , le nombre des républicains de faction était bien petit. C'était en un mot un dixhuit fructidor de paroles contre la France, l'impression fut plus sinistre encore que l'intention.
Cette circulaire, acte important du gouvernement puisqu'elle était destinée à en promulguer l'esprit à la nation , n'avait point été soumise au gouvernement ni délibérée par lui. Elle était l'œuvre et l'abus de pouvoir des bureaux envahisseurs du ministère de l'intérieur. La multiplicité des affaires et le tourbillon des événements qui ne laissaient ni le jour ni la nuit une minute de loisir aux membres du gouvernement continuellement à l'œuvre à l'Hôtel de Ville, sur la place publique, en dialogue avec les colonnes du peuple et les députa tions des départements ou des nations étrangères, avaient soustrait la connaissance de cette circulaire à Lamartine. Il n'en connut l'existence que par la rumeur de trouble et d'irritation qu'elle soulevait dans Paris. Il sentit aussitôt que si cet acte n'était pas désavoué par le gouvernement, la
République changeait de main en changeant de doctrine; qu'elle devenait une tyrannie de minorité au lieu d'être un terrain commun de liberté ; que pour soutenir cette tyrannie insolente d'une minorité il n'y avait que la terreur au dedans, la guerre au dehors, le trouble, les exactions, les épurations, les sévices révolutionnaires partout. Il était résolu ainsi que ses collègues de la majorité à mourir mille fois plutôt que d'associer sa responsabilité devant Dieu, devant l'histoire et devant lui-même à un si exécrable gouvernement.
Il savait de plus comme homme politique qu'un pareil gouvernement serait avant trois mois la guerre civile, et que la guerre civile c'était la mort de la République.
Il demanda en conséquence un conseil secret et complet du gouvernement à l'Hôtel de Ville pour le lendemain 16 mars, à midi, résolu à poser devant ses collègues la question des deux principes de gouvernement qui semblaient enfin se poser d'eux-mêmes face à face, décidé de plus à déchirer, s'il le fallait, à tout risque le gouvernement lui-même plutôt que de 3e démentir et de se dénaturer en y restant.
Il ne se dissimulait aucune des conséquences de ce déchirement à une pareille heure. Il savait que l'opinion de la partie saine du peuple, de la garde uationale et de la bourgeoisie de Paris adhérait