‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 108 sur 216 · LIVRE DOUZIÈME. 2M · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. 2M

heure il sentit qu'il y avait deux esprits difficiles à concilier jusqu'à la fin de la dictature autour du gouvernement. Le programme des clubs qui consistait à perpétuer la dictature, à ajourner les élections, à mettre la France hors la loi, et à faire régner par certains hommes une seule ville et une seule classe de la population de cette ville, pouvait avoir des sympathies dans le cercle du gouvernement. Les clubistes , les délégués du Luxembourg, les émissaires du Club des Clubs, sorte de commissariat officieux (jui servait d'intermédiaire entre le ministère de l'intérieur et l'esprit public , paraissaient imbus de cette idée que la France n'était pas mûre pour la liberté telle qu'ils l'entendaient, qu'on ne pouvait pas remettre au pays son propre gouvernement; que la Républicjue leur appartenait à eux exclusivement par droit d'initiative et de supériorité démocratique; qu'il fallait régner en son nom et pour elle; et que pour la faire obéir il fallait lui tenir le langage et lui montrer les gestes du comité de salut public.

Lamartine au contraire et la majorité du gouvernement étaient convaincus que la liberté monopolisée par quelques-uns était la servitude et la dégradation de tous; que l'ajournement des élections et la mise hors la loi de T Assemblée nationale serait le signal de l'insurrection des déparlements et de la guerre civile; que la dictature des prétendus républicains pai* droit de supériorité démocratique ne serait que la dictature de la popularité à l'enchère des violences et des cri-

212 i{i:v(ii.i ïioN m- i«is.

mes; ({uu clia(|iie semaine enfanterait et dévorerait un de ces prétendus dictateurs, que Paris serait noyé dans le sang et dans l'anarchie, et que le nom de république périrait une seconde fois dans l'exécration (lu présent et dans l'incrédulité de l'avenir. Il résolut en conséquence de combattre à outrance et par tous les moyens légitimes les comi)lols dos partisans de la dictature et des comités de salut public, et de se saciifuM- même s'il le fallait à la restitution la plus j)rompte et la [)lus complète de la souveraineté de la France entière et du gouvernement à la rei)résentation nationale.

Page 1