‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 107 sur 216 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

tout. Leur physionomie affectait la satisfaction et la reconnaissance, pendant que leur àme était profondément ulcérée de l'audace et du succès de quelques meneurs. Paris lui-même ne s'y trompa qu'à demi. Depuis deux heures après midi jusqu'à neuf heures du soir la capitale vit défder sur les boulevards, et dans ses principaux quartiers ce peuple désarmé de fusils, mais armé de son nombre, qui ressemblait à une de ces migrations antiques transportant une nation tout entière des bords d'un fleuve à l'autre bord. Plus cette armée était calme, sobre, silencieuse, disciplinée, gouvernée par un mot d'ordre ignoré mais obéi; plus son aspect imposait à la capitale sans menacer personne, plus elle pesait sur la pensée de tous et disait aux yeux que Paris était désormais à la merci des seuls prolétaires. IMais elle disait aussi que ces prolétaires calmes dans leurs triomphes, généreux et civilisés dans leur force, animés de l'instinct de l'ordre, levés contre ce qu'ils croyaient l'anarchie pour soutenir un gouvernement qu'on leur disait menacé, n'étaient plus le peuple brutal de 1T93, mais le peuple de 1848 présage d'une autre civilisation.

Lamartine sortit seul à pied à la nuit tombante de l'IIotel de Ville. Il passa deux heures inconnu et mêlé dans la foule à l'extrémité de la rue Saint-lionoré sur la place Vendôme, contemplant le défilé muet de cette multitude.

Les costumes de ces hommes étaient décents, leur pas militaire, leur physionomie inspirée d'un rayon II. u

■>\i) HÏ^:VOLUTION DE 1818.

(le force et de paix; on voyait qu'ils craignaient (Teffrayer les citoyens et les femmes : terribles par le nombre, rassurants d'esprit. Paris tremblait sous leurs pas Pendant douze heures il n'y eut pas un cridémaij'ogique, pas un signe de terreur, pas une insulte, pas une violence, pas un accident à déplorer dans cette foule. Elle respecta tout et elle-même elle se respecta.

Lamartine rentra au ministère des affaires étrangères, incertain de la signification que l'opinion publique donnerait le lendemain à révénemenl. Il ne se trompait pas sur l'intention; il y voyait une défaite éclatant!^ de la majorité modérée du gouvernement et une insolente op|)rcssion de (piehpies hommes, déguisée sous la forme d'un concours et d'un honnnage à la Uépubli([ue; une revue des forces de la minorité ultra-révolutionnaire de Paris connnandée par (piel- (jues hommes (pii voulaient contraindre et dominer la Hépul)li(pi(* par intimidation en exploitant l'enthousiasme réel et patrioticpie du peuj)le pour son gouver^ neuKMit.

Il résolut de feindre de s'y tromper lui-ménu^ et d'avoir l'air de prendre |)()nr une Ibrcece (pTil prenait au fond |)our une tyrannie : c'était \c s(ud moyen de ne pas laisser Paris H la Franco se fraj)per de stupeur et désespérer de Tordre j)ul)li{'. .Mais à j»ailir (h* cette

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